Un 3ème cycle en terminologie ?
Pourquoi ? Comment ?

Marie-Pierre MAYAR Coordinatrice - Centre de Terminologie de Bruxelles

M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Nous faisons tous de la terminologie sans le savoir. Tel est d'ailleurs le leitmotiv de Christian Galinski, responsable d'Infoterm : "There is no knowledge without terminology". Ce ne sont pas des linguistes que je tenterai de convaincre de la chose mais je ne peux toutefois résister au plaisir de vous présenter quelques petits exemples relatifs au pouvoir des mots.

Comme le dit le linguiste belge Jean-Marie Klinkenberg : " Le langage n'est pas la réalité : on ne mange pas le mot pain ". Mais le langage donne prise sur la réalité. Les gouvernements l'ont souvent compris, qui ont substitué les "contributions" (supposées raisonnées et volontaires) aux "impôts" (subis), le "service militaire ou national" à la "conscription", qui ont transformé leur "Ministère de la guerre", dont la dénomination avouait trop crûment la fonction en un plus inoffensif "Ministère de la Défense".

En février de cette année, le Centre de Terminologie de Bruxelles (CTB) a organisé un colloque sur le thème "Sécurité alimentaire et terminologie". La préparation de ce colloque nous avait permis de voir qu'à tous les niveaux, même les plus hauts, des incohérences terminologiques existaient. Un exemple plaisant du pouvoir des mots se retrouve dans l'aphorisme de Jean-Pierre Coffe : "Le porc est l'animal avec lequel on fabrique des cochonneries". De façon plus sérieuse, on constate que des mots comme "salubrité", "sanitaire", "sain", "santé", "sécurité", "sûr", "sans danger", "innocuité" se retrouvent régulièrement utilisés dans les textes de façon apparemment interchangeable. Or que signifient-ils exactement et sont-ils toujours utilisés à bon escient ?

On constate aussi que le terme "viande" n'a été défini que récemment par la Commission européenne. Le Comité économique et social, dans ses exercices de commentaire des propositions de réglementations a, quant à lui, souhaité l'inclusion dans la définition des denrées alimentaires, de l'eau potable, des produits issus de l'aquaculture et de la pêche, ainsi que des produits de la mer. A maintes reprises, il a par ailleurs tenu à souligner le grand nombre de notions qui ne font l'objet dans les textes que d'une vague définition ou qui ne sont pas définies du tout. Etant donné que la législation arrêtée par un règlement est directement applicable, une telle imprécision pourrait poser des problèmes d'interprétation juridique et être lourde de conséquences.

Le mot peut être trompeur, le mot peut également effrayer. Telle est l'histoire de l' "alicament", mot condensé d'"aliment" et de "médicament", qui est désormais banni du vocabulaire des innovateurs occidentaux, même si des "aliments à bénéfice santé" sont plus que jamais présents sur le marché. Plusieurs crises alimentaires ont rendu le consommateur méfiant. Et l'on pourrait faire un parallèle entre la peur des OGM et le rejet de l'alicament, issu d'une hybridation de mots et d'univers. Les innovateurs de "l'alimentation santé" doivent donc trouver… les mots pour le dire.

A l'occasion de la réforme de la politique agricole commune en 1992, la Commission avait lancé l'opération "L'Europe des terroirs" avec la délivrance d'un label européen de garantie, soit l'appellation d'origine contrôlée (AOC), soit l'indication géographique protégée (IGP). Cette liste fut un coup dur pour les champions de la fraude alimentaire, tels les danois qui s'obstinaient jusque-là à vendre partout dans le monde du roquefort et de la feta. La feta danoise au lait de vache s'est même un temps arrogé, au grand désespoir des brebis grecques, le titre de premier fromage européen d'importation aux Etats-Unis.

Dans un cadre plus général, si l'on examine les structures et le fonctionnement de toute entreprise, on constate que la terminologie contient et véhicule le savoir et la culture de l'entreprise. Le "dictionnaire de l'entreprise" est donc un outil fondamental et polyvalent qui permet d'unifier le langage de l'entreprise, de la Recherche-Développement au Service après-vente, d'assurer la pertinence de la documentation, de garantir la consistance des traductions, de fournir une aide précieuse aux traducteurs externes, d'accélérer l'intégration des nouveaux collaborateurs, d'enrichir l'efficacité des bases de données en contribuant, par exemple, à la gestion des stocks.

De nombreuses entreprises fonctionnent en utilisant plusieurs langues, que ce soit pour communiquer avec leurs clients, leurs employés ou leurs partenaires ou encore pour recueillir de l'information, dans les différents pays où elles font des affaires. Des multinationales comme Bombardier ou Motorola ne peuvent se payer le luxe d'ignorer ce qui s'écrit en portugais, ou en japonais, sur leurs rivaux brésiliens ou nippons, sur les produits qu'ils lancent sur le marché, les appuis gouvernementaux dont ils jouissent, etc.

Pour prendre un autre exemple, l'Association mondiale de la route maintient depuis 1930 un Comité de terminologie dont les membres sont présents au sein des différentes sections de travail et qui publie dictionnaire, lexique et textes alignés de rapports sur papier et sur CD-Rom. Si cette activité n'était pas utile d'un point de vue économique, l'on peut raisonnablement penser que les premiers idéalistes du siècle dernier n'auraient guère connu de relève.


Voyons donc ce qu'est sensée être la terminologie

À tous les niveaux de leur discours, les sciences, les arts et les techniques disposent d'un système conceptuel, d'un vocabulaire et d'une phraséologie qui leur sont propres et qui sont marqués par leur interdisciplinarité croissante. La terminologie est donc l'étude scientifique des termes dans les langues de spécialité. Elle est née, en tant que discipline officielle, dans le sillage de la traduction, de la rédaction spécialisée et de la recherche documentaire. Elle a évidemment aussi puisé aux sources de la lexicologie et de la lexicographie. Par le passé, les spécialistes se chargeaient eux-mêmes de la gestion et de la diffusion de leur langue de spécialité. Aujourd'hui, le développement des sciences et des techniques, la dispersion des foyers d'invention, de production, de publication et l'intervention des Etats en matière linguistique ont conduit des organismes internationaux et nationaux à tenter de gérer ce foisonnement terminologique. Depuis une vingtaine d'années, de nouveaux champs d'application ont commencé à apparaître : constitution de dictionnaires destinés à la traduction automatique, rédaction technique assistée, analyse documentaire dans le cadre d'Internet ou de logiciels de gestion documentaire.

Le développement de la terminologie est aussi lié, dans certains cas, à la volonté de respect des langues (en Europe par exemple), ou à la nécessité de sauvegarder certaines langues minoritaires ou peu répandues. On se trouve à la fois en face de forces tendant à l'unilinguisme et au multilinguisme. L'exemple le plus criant de langue ayant réussi à s'adapter est le catalan.

Le mot "terminologie" est déjà en lui-même polysémique puisqu'il désigne à la fois une discipline, une méthodologie et l'ensemble des termes d'un domaine. Cette discipline est à la fois scientifique et pratique, à la fois descriptive et analytique.

Voici ce que Sylvia Pavel et Diane Nolet écrivent à ce sujet dans l'excellent "Précis de terminologie" qu'elles ont rédigé pour le Bureau de la traduction du Canada en 2001 :
"Dans sa première acception, le mot terminologie signifie : un ensemble de mots techniques appartenant à une science, un art, un auteur ou un groupe social", par exemple, la terminologie de la médecine ou la terminologie des informaticiens.

Pris dans un sens plus restreint ou plus spécialisé, le même terme désigne une "discipline linguistique consacrée à l'étude scientifique des concepts et des termes en usage dans les langues de spécialité". Si la langue commune est celle dont on se sert dans le quotidien, la langue spécialisée est celle de la communication sans ambiguïté dans un domaine particulier du savoir ou de la pratique, basée sur un vocabulaire et des usages linguistiques qui lui sont propres.

L'activité terminologique repose sur la capacité de repérer les termes désignant les concepts propres à un domaine, d'en attester l'emploi à l'aide de références précises, de les décrire brièvement en discernant le bon usage de l'usage erroné, et de recommander ou de déconseiller certains usages afin de faciliter une communication sans ambiguïté. En terminologie unilingue, l'apparition d'un concept nouveau - qu'il soit emprunté à une autre spécialité ou qu'il soit créé de toutes pièces - peut entraîner le phénomène contraire à l'absence de désignation, soit la pléthore de désignations synonymes. En terminologie comparée, les décalages qu'entraînent inévitablement les transferts interlangues de savoirs spécialisés sont mis en évidence lors du repérage de termes, par l'absence de désignations propres dans une des langues en contact. Dans ce cas, le rôle du terminologue est de décrire les lacunes constatées et de proposer des désignations qui les comblent. Pour que la proposition d'un terme soit acceptable et viable, elle doit se fonder sur une bonne connaissance des règles de formation lexicale dans la langue d'accueil, s'insérer harmonieusement dans l'ensemble terminologique en place, et être clairement présentée comme "proposition du terminologue".

Je ferai ici une incise pour reprendre les propos de Marc Van Campenhoudt : "Faire de la terminologie multilingue, c'est d'abord observer les divergences conceptuelles entre les langues et décrire systématiquement un domaine du savoir. Rédiger une fiche chaque fois qu'on rencontre un problème de traduction n'est pas une démarche de terminologue, car on se contente alors de traduire de la langue A vers la langue B sans se soucier de la traduction de la langue B vers la langue A. Etablir les liens hiérarchiques "espèce-genre" et "partie-tout" pour chacune des langues est donc une excellente manière de débusquer les problèmes de traduction".

Avant de vous présenter le DESS organisé par l'Institut Libre Marie Haps, je conclurai cette brève présentation théorique en me faisant la voix de Teresa Cabré : "Tous les spécialistes ne sont pas d'accord pour considérer la terminologie comme une discipline autonome, ni comme une discipline théorique. Pour certains, la terminologie est une pratique liée à la simple satisfaction de besoins sociaux, souvent associée à des intérêts politiques ou commerciaux. Pour d'autres, c'est une vraie discipline scientifique, redevable à de nombreuses autres spécialités, mais tout de même autonome dans la mesure où elle a pu reformuler et synthétiser une série de principes de manière à constituer un champ propre. On trouve, entre ces deux extrêmes, une série de positions plus nuancées qui voient la terminologie dans le prolongement d'autres disciplines plus anciennes, tout en lui reconnaissant des aspects théoriques originaux". Ce que je traduirai en "Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse…"


Le DESS en terminologie de Marie Haps

La terminologie est donc devenue une activité importante et un objet d'investissement pour les entreprises. Dans le secteur des services linguistiques, la profession de terminologue constitue dès lors un débouché de plus en plus important. C'est pourquoi il nous a paru utile de proposer une formation spécifique pour répondre à une demande toujours plus large, en vue notamment de l'élaboration de dictionnaires spécialisés, de la conception, alimentation et gestion de banques de termes et de la réalisation d'outils informatiques d'aide à la terminographie, à la traduction et à la gestion des connaissances.

Cette formation est organisée à l'intention des diffuseurs potentiels de vocables spécialisés : linguistes, philologues, traducteurs, rédacteurs techniques, journalistes, documentalistes, professeurs de langues de spécialité, informaticiens, etc.

Le programme est constitué de cinq ensembles de cours et séminaires d'une durée totale de 250 heures : les éléments théoriques, la terminologie appliquée, la terminologie pratique, les bases de données terminologiques et l'informatique linguistique. S'ajoutent à cet ensemble un mémoire ainsi qu'un stage pratique de 300 heures.


Les éléments théoriques

  • Bases linguistiques de la terminologie (langue de spécialité/langue commune, analyse notionnelle, relations logiques et ontologiques, types de définitions, fondements linguistiques par rapport à la variabilité des langues, sémantique, modes de création lexicale, formants, néologie, phraséologie, collocations, etc.).
  • Documentation.
  • Ontologies et systèmes de représentation de la connaissance.
  • Examen critique de thesaurus, de nomenclatures et de classifications..
  • Atelier de recherche documentaire.

Terminologie appliquée

  • Normalisation
    La normalisation est présente de façon fondamentale dans notre vie de tous les jours, du boulon aux asperges dont les différentes classifications sont détaillées par l'OCDE, illustrations à l'appui. Une enquête récente sur les bienfaits économiques de la normalisation menée par l'Université de Dresde avec le soutien, entre autres, de DaimlerChrysler et Siemens, a montré que cette pratique était financièrement plus qu'utile au niveau économique, que la normalisation avait un impact plus important que les brevets, que la participation des entreprises à la normalisation leur permettait d'avoir une longueur d'avance sur leurs concurrents en s'adaptant à la fois aux nouvelles demandes du marché et aux nouvelles technologies et qu'elle réduisait les risques et les coûts liés à la recherche et au développement. Si ces données économiques sont parfois difficiles à chiffrer, elles peuvent néanmoins l'être assez facilement dans bon nombre de cas. L'équipementier automobile français Valeo, présent dans 25 pays, a ainsi mis sur pied un système de gestion des connaissances, ayant évidemment un vaste aspect de terminologie multilingue, et a pu calculer que ce système lui permettait de gagner en moyenne 10min/jour/personne. Sur une population de 25 000 salariés, le chiffre devient énorme. Valeo démontrait en même temps à ses clients que la même qualité était atteinte de la même façon dans chacune de ses implantations. La normalisation terminologique a donc également un impact publicitaire.

  • Néologie comparative.

  • Localisation
    La localisation est le processus consistant à adapter un produit aux exigences d'un marché autre que celui pour lequel il a été initialement conçu. Cette adaptation concerne non seulement les aspects linguistiques, les normes et les législations existantes mais aussi toute une série d'aspects culturels au sens large, le type d'information attendu, les références, les citations et les connotations, les acronymes et les noms de produit, sans oublier la conception et le design général, les couleurs, les illustrations (dessins, photos, symboles…). Malheureusement, le nombre de langues utilisées pour la localisation est en constante augmentation tandis que les cycles de vie des produits raccourcissent et que les produits sont lancés quasiment partout en même temps ("simship"). Le temps accordé pour la localisation diminue donc alors que le nombre de produits et leur taille moyenne augmentent.

  • Vulgarisation
    Il y a quelques années, le CTB avait élaboré, à la demande de l'Association belge contre le cancer, un ouvrage de vulgarisation d'une centaine de pages destiné à être distribué à tous les adhérents. Une originalité de ce dictionnaire consistait en l'utilisation d'un vocabulaire contrôlé. En effet à quoi sert-il de tenter de faire œuvre de vulgarisation si l'on explique des notions par d'autres notions qui restent obscures ? On avait parallèlement veillé à éviter le travers de certains ouvrages, c'est-à-dire la circularité des définitions. Chaque article était donc élaboré de façon à éviter la présence de termes techniques superflus et à former un tout homogène. Si l'on prend par exemple la définition scientifique et classique de fibrome : "Tumeur bénigne constituée par une représentation fasciculée de fibroblastes", il est clair que le mot "fasciculée" en tant que tel était inutile dans le contexte qui nous occupait et devait être remplacé par une expression plus simple. Le terme "fibroblaste" était lui expliqué par une périphrase et conservé entre parenthèses. Cette solution avait été préférée à la démarche inverse, qui aurait consisté à mettre l'explication entre parenthèses, afin de permettre une lecture plus aisée et conviviale des définitions. Cependant simplification n'est pas synonyme d'approximation ; l'ensemble du texte avait donc fait l'objet d'un contrôle sévère au niveau de la précision des termes utilisés. En effet, une définition de "bénignité" qui dirait "état d'une maladie dont la guérison s'obtient facilement" prête à toutes les confusions et interprétations possibles. "Facile" signifierait-il 'sans médicament', 'sans chirurgie', 'sans délai', 'sans séquelle' ?

  • Etude d'un secteur : terminologie médicale, droit, aéronautique, etc. Terminologies scientifiques/techniques vs sciences humaines.

  • Rédaction de dictionnaires. Comparaison de dictionnaires. Politiques éditoriales

  • Rédaction et harmonisation de définitions.

  • Rédaction technique. Outils d'aide à la rédaction.

Terminologie pratique :

  • Droit d'auteur.
  • Gestion de projets multilingues et gestion de la qualité.
  • Politiques, aménagement et planification linguistiques.
  • Rédaction de questionnaires et d'enquêtes (socioterminologie, études d'implantation).
  • Elaboration de cahiers des charges.
  • Techniques de lobbying.
  • Organismes et réseaux.
  • Gestion de la fonction terminologie dans l'administration et l'entreprise.
  • Gestion de l'information terminologique, documentaire et rédactionnelle dans de grands organismes (OTAN, UNESCO, EUROCONTROL, FAO, OMS).

Les activités d'un service linguistique sont nombreuses :
traduction de textes et de documents, rédaction et correction de textes en différentes langues, conception de documents spécifiques, uniformisation des dénominations d'organigrammes (postes, fonctions, unités), préparation de glossaires terminologiques et d'inventaires phraséologiques de la spécialité propre à l'organisme, résolution de problèmes linguistiques, documentaires et terminologiques émanant de l'organisation dans son ensemble ou du service linguistique.


Bases et banques de données terminologiques

  • Trados, Star, etc.
  • Word, Access, Excel et la terminologie.
  • Bases de données terminologiques disponibles sur Internet.
  • Atelier de constitution d'une base de données.
  • Atelier d'aménagement d'une base de données.
  • XML, SGML, TEI et formats d'échange.
  • Etude critique de bases et banques de données terminologiques.
  • Construction de sites web et gestion d'une base de données sur le web.
  • Comparaison et critères d'évaluation de systèmes de gestion terminologiques.
  • Potentialités de AWK et PERL pour le travail terminologique.
  • Systèmes de veille documentaire et analyse lexicale.
  • Constitution de dictionnaires pour la traduction automatique.
  • Eléments de statistiques.
  • Bases de connaissance terminologiques pour l'intelligence artificielle.
  • Outils d'analyse de corpus.
  • Atelier d'analyse de corpus
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Qui sera donc le terminologue de demain ?

Pour Teresa Cabré, "un vrai professionnel de la terminologie ne peut se limiter à être un praticien qui reproduit mécaniquement ce qui se fait dans d'autres organismes ; il doit être un individu suffisamment préparé et autonome, capable d'organiser le travail terminologique en accord avec la situation dans laquelle il se trouve, le type de travail qu'il doit accomplir et les ressources dont il dispose. Tout cela sur la base des principes fondamentaux de la terminologie scientifique et de la norme internationale, de la connaissance de la situation et des possibilités linguistiques de la société dans laquelle il vit, tout en collaborant avec les services de coordination en matière linguistique et terminologique". En un mot, quelqu'un d'intelligent …

A première vue, on pourrait croire que la société de l'information facilite la tâche du terminologue. En réalité, cet accès à des masses de documents ajoute souvent à la difficulté des tâches du terminologue et à la complexité de ses recherches. Parallèlement à la multiplication des ressources et à la mise à niveau des méthodes, le terminologue voit aussi les besoins, les attentes et les réalités de ses clientèles évoluer de plus en plus rapidement. D'où la transformation progressive de son rôle auprès des clients.

Le terminologue est ainsi de plus en plus appelé à fournir des conseils en aménagement linguistique. En effet, s'il est facile de se procurer des logiciels en vue de constituer une base de données terminologiques, il en va autrement pour ce qui touche l'alimentation raisonnée et la gestion de ces bases.

Comme l'écrivait déjà Louis-Claude Tremblay, de la Direction des langues officielles du Canada, en 1999, "une tendance dite "para-terminologique" s'observe au sein de la pratique professionnelle. Elle consiste à élargir le concept traditionnel de la terminologie à la notion de phraséologie pour répondre aux besoins d'une clientèle en quête d'outils d'aide à la rédaction. Car les bases de données essentiellement terminologiques (termes, équivalents, synonymes, définitions, contextes, sources, etc.) ne cadrent plus parfaitement avec la nouvelle réalité des besoins. En effet, il ne s'agit plus seulement de fournir aux usagers l'équivalent d'un terme dans une langue donnée, ainsi que les justifications motivant ce choix. Il faut aussi les aider à manipuler et à articuler, en contexte, les termes et les équivalents qui leur sont proposés".

 

En guise de conclusion

La terminologie n'est pas un monde blindé et froid. C'est, dans certains cas, un monde de petits chimistes se servant d'une méthode comme outil de déminage et de remise en perspective des habitudes et des structures. La sociologie, la psychologie, l'ethnologie aussi y ont leur part. La terminologie de laboratoire n'est pas celle des articles scientifiques, ni celle des articles de vulgarisation. Quels sont les facteurs qui amènent à la création d'un néologisme scientifique ou technique, pourquoi est-ce tel terme qui prend racine, qui est utilisé alors qu'un autre mieux formé suivant les règles ne passe pas la rampe ? Comment un terme courant devient-il spécialisé, comment un terme spécialisé passe-t-il dans le langage courant ? Comment en est-on arrivé à l' "escargot fermier" et à la "ferme éolienne" ? Quelle est la différence pour les professionnels de l'agro-alimentaire entre "risque" et "danger" ? Pourquoi le français emploie-t-il "sécurité alimentaire" dans deux sens totalement distincts alors que l'anglais utilise "food safety" et "food security" ? Pourquoi trouve-t-on aussi bien "tomographie par émission de positons" que "tomographie par émission de positrons", même si le premier est plus courant que le second ? Voilà quelques-unes des questions qui hanteront peut-être vos songes si vous choisissez un jour d'embrasser la digne profession de terminologue.

 

Bibliographie

  • CABRE, Maria Teresa. La terminologie. Théorie, méthode et applications. Traduit du catalan et adapté par Monique C. CORMIER et John HUMBLEY. Ottawa-Paris, Les Presses de l'Université d'Ottawa-Armand Colin, 1998.
  • GOUADEC, Daniel. "Modalités pratiques de coopération en terminologie" in Conférence sur la coopération dans le domaine de la terminologie en Europe. Paris, 17, 18 et 19 mai 1999.
    http://www.eaft-aet.net/actes/GOUADEC.htm.
  • KLINKENBERG, Jean-Marie. "Wallonie et terminologie" in Deuxième congrès. La Wallonie au Futur. Namur-1991. Le défi de l'éducation.
    http://www.wallonie-en-ligne.net/Wallonie-Futur-2_1991/WF2-50_Klinkenberg-J-M.HTM.
  • PAVEL, Sylvia et NOLET, Diane. Précis de terminologie. Hull, Bureau de la Traduction du Canada, 2001.
  • TREMBLAY, Louis-Claude. "Terminologie : les grandes tendances de l'heure" in L'Actualité terminologique, 1999, vol. 32 (1), pp.5-12.
  • VAN CAMPENHOUDT, Marc. Abrégé de terminologie multilingue. Bruxelles, Termisti, 1997
    http://www.termisti.refer.org/pratik.htm.