La traduction financière

Chris DURBAN Traductrice indépendante

Robert Blake et moi travaillons sur le créneau de la traduction financière "for publication", c'est à dire la traduction rédactionnelle, essentiellement pour des sociétés françaises cotées à Paris ou ailleurs qui cherchent à communiquer en anglais avec des investisseurs actuels ou à venir à l'étranger. C'est un thème que j'ai déjà eu l'occasion d'aborder il y a quelques années lors d'un autre colloque à l'université Rennes 2.

Aujourd'hui j'aurais pu d'ailleurs venir avec sensiblement les mêmes diapos, car mon énumération de priorités reste essentiellement la même : spécialisation, connaissance de fonds du domaine, importance d'une écriture fluide restent les clés de la réussite dans le secteur qui est le nôtre. Dans ce secteur, il faut surtout suivre de très près l'actualité et savoir poser des questions aux auteurs de nos textes et à nos clients, comme nous allons le voir.

La feuille qui vous a été distribuée (ici en annexe) présente des extraits de commentaires faits par des clients lors des rencontres de La Rochelle cet été, propos spontanés que j'ai beaucoup appréciés. Ces acheteurs recherchent avant tout un traducteur "proactif", un fournisseur qui ne se contente pas de l'à-peu-près mais qui pose des questions et qui travaille ensemble avec eux sur des projets qui leur tiennent à cœur. De ce point de vue, ils sont assez représentatifs des donneurs d'ordre sur notre créneau.

La bonne nouvelle est que la demande est très forte en traduction financière, et cela dans pas mal de combinaisons linguistiques. Comme vous le savez peut-être, la bourse de Paris (aujourd'hui Euronext) a fusionné avec celle d'Amsterdam, de Bruxelles et de Lisbonne, renforçant ainsi une demande de traduction non plus "uniquement" vers l'anglais, mais aussi vers les langues de ces pays et d'autres (les investisseurs individuels réclamant toujours et à juste titre une documentation dans leur langue ; par ailleurs, beaucoup de gérants et autres professionnels préfèrent disposer de documents dans leur langue maternelle).

Mais il y a aussi une mauvaise nouvelle : peu de traducteurs sont formés ou se donnent la peine de se former afin de fournir à ces acheteurs exigeants des traductions de qualité adéquate.

Je voudrais aujourd'hui proposer quelques pistes à ceux qui cherchent à se positionner sur ces marchés, ainsi qu'aux formateurs chargés de les y préparer.

Mais d'abord un bref survol du secteur et de ses composantes pour mieux définir l'objet de cette communication.


  Que recouvre la traduction financière ?

  • l'analyse financière,
  • les opérations financières,
  • la communication financière,
  • la technique financière.

  Source : Antoine Getten, Translations / Paris (La Rochelle, juillet 2002)


L'analyse financière :

Toute banque qui se respecte a aujourd'hui une équipe d'analystes qui suivent de très près les secteurs économiques et les grands thèmes économiques/monétaires. A partir de cette recherche, ils produisent et publient des conseils en investissements, des études de secteur, etc. Certains documents courts font 1 à 2 pages, les études plus longues de 30 à 50 pages.
Pour le traducteur qui cherche à se faire une place sur ce marché, il faut bien entendu être à l'aise avec les mécanismes de la comptabilité mais également suivre au jour le jour la presse pour savoir ce que font les entreprises (et les marchés), pour être au courant à tout moment de l'actualité en Europe et ailleurs.


Les opérations financières :

Il s'agit ici des documents publiés à l'occasion d'une cotation en Bourse ou bien lors d'une acquisition, d'une fusion, ou d'autres types d'opérations. Comme l'analyse financière, ces textes sont souvent préparés à la hâte, car les informations qu'ils contiennent sont market sensitive et certaines données doivent rester confidentielles jusqu'à la dernière minute.

Pour les traducteurs qui visent ces deux premières catégories de documents, il faut donc savoir travailler rapidement et connaître déjà le secteur -- et le connaître bien -- avant de s'y attaquer.

La communication financière :

Qui dit communication financière dit projets de plus longue haleine, comprenant tout ce qui renforce l'image d'une société ou autre structure -- publicités, brochures, discours, communiqués de presse. Le style de rédaction est évidemment très important -- des phrases percutantes et fluides, des formulations qui portent. Il faut bien saisir toutes les nuances de votre commanditaire, comprendre les enjeux de son secteur, savoir discuter avec lui pour trouver ensemble les tournures, les textes qui marchent.


La technique financière :

Ces documents peuvent être extrêmement techniques (des experts parlant aux experts), et supposent des connaissances de fond des mécanismes économiques ainsi que des mathématiques. Sans formation spécialisée, il me semble très risqué de s'y aventurer, même si des modèles existent.

 

La spécialisation : oui ! Mais quelle spécialisation ?

C'est un mot très à la mode, mais pour pas mal de traducteurs, la spécialisation se limite encore trop souvent à "je m'achète un dictionnaire" ou bien "je lis les pages économiques de la revue Time", ce qui n'est nullement suffisant. Les résultats parlent pour eux-mêmes -- dans ce secteur comme dans tant d'autres, les traducteurs sont jugés non pas sur leurs diplômes, ni sur leurs discours (et encore moins sur leurs jolies plaquettes), mais bel et bien sur les produits qu'ils livrent : leurs textes. Les clients repèrent très vite un fournisseur qui ne maîtrise pas son domaine d'expertise et sont -- très justement, à mon avis -- impitoyables à son égard.

Voici un exemple qui illustre bien cet écart.
Sur une liste de diffusion, un traducteur "spécialisé" pose quelques questions avant de se déclarer satisfait de sa formulation d'un texte assez technique sur les "stock options" :

"Cette attribution a pris effet le xxx, au prix de xxx dollar par stock-option. Ces stock-options seront déblocables par tiers répartis sur les trois ans à venir, le premier tiers devenant disponible à la date du XX. Le fait d'atteindre l'objectif fixé permettra d'avancer la date de disponibilité. Si la génération de trésorerie n'est pas suffisante en revanche l'ensemble des stock-options ne pourra être débloqué qu'après une période d'indisponibilité de 5 ans."

Pourtant, soumise à un expert du domaine, la traduction est loin de susciter le même enthousiasme (c'est le moins que l'on puisse dire !). Voici la " copie " révisée :

"Cette attribution a pris effet le xxx, au prix de xxx dollar par stock-option. Ces stock-options (strikethrough : seront déblocables) DEVIENDRONT DISPONIBLES par tiers successifs (strikethrough : répartis) sur les trois ans à venir, le premier tiers devenant disponible à (strikethrough : la date) A PARTIR du XX. (strikethrough : Le fait d'atteindre) L'ATTEINTE DE l'objectif fixé permettra d'avancer la date de disponibilité. [...si la (strikethrough : génération de trésorerie) [IL FAUT VRAIMENT CHANGER CELA -C'EST A LA FOIS INELEGANT ET INADAPTE AU VOCABULAIRE D'ENTREPRISE] n'est pas suffisante en revanche] l'ensemble des stock-options ne (strikethrough : pourra être débloqué qu'après une période d'indisponibilité) DEVIENDRA DISPONIBLE QUE 5 ans APRES LEUR ATTRIBUTION."

Le projet soumis par le traducteur correspond à ce que j'appelle une traduction "gentille" : il a compris en gros de quoi il s'agissait (quoique…) mais n'a pas pris le temps d'approfondir ses connaissances, n'a pas su ou voulu rechercher des documents authentiques comme modèle, n'a pas non plus su ou pu poser les bonnes questions. Il s'agit là de la fausse spécialisation : le client ne reviendra pas vers lui ou vers l'agence qui a fait appel à ses services.

 

Ecriture, style

Quand on est traducteur on est écrivain, surtout pour ce type de clients. Il faut savoir écrire "pour publication". Cela ne s'improvise pas, cela s'apprend et cela se travaille en permanence.

Mais reconnaissons dès le début que beaucoup de textes sources sont mal rédigés :

Les textes d'origine laissent souvent à désirer… Quelques exemples :

  • A travers des données toujours assez confuses sur le marché du travail, il semble qu'une nouvelle phase probable de détérioration de l'emploi devrait rester d'ampleur limitée.
  • Nous souhaitons répondre à l'attente de convenance géographique de la clientèle
  • L'évolution de la population active est dynamique.
  • Un projet structurant apporte des solutions intégrées à des problématiques prioritaires et partagées, et son effet peut être transportable à d'autres situations analogues. Il a un effet multiplicateur par ses impacts sur la cohésion des actions des différents acteurs.

  Exemples CD, 200


Face à ces textes maladroits (voire incompréhensibles dans certains cas) notre travail ne consiste ni à rire ni à pester, mais plutôt à nous dire que leurs auteurs sont des spécialistes des marchés et non des écrivains. A nous, donc, de rajuster le tir, d'arranger leurs phrases, de travailler avec eux pour nous assurer que les textes qu'ils signent (en anglais et en français) correspondent bien à ce qu'ils voulaient dire (peu importe ce qu'ils ont écrit à l'origine).

Je conseillerais donc aux enseignants présents d'éviter de donner à vos étudiants uniquement des articles et textes bien " léchés ", tels que ceux de The Economist, par exemple (c'était le cas de la plupart de mes professeurs en fac…). Car ce qu'ils vont trouver sur le marché sont des documents infiniment moins bien écrits : il faut donc qu'ils sachent travailler avec, en extraire le sens, et en corriger le style, le cas échéant.

 

Vive le traducteur proactif !

"Le traducteur qui vous laisse la paix, qui ne vous appelle pas, qui ne vous pose aucune question, pour qui tout est clair, pour qui tout était bon, pour qui le plus simple, c'est de vous envoyer son texte sans rien suggérer, sans poser aucune question, et sans rien corriger, me fait douter. […]
En tant que client, si je n'ai pas de dialogue, si je n'ai personne en face - et le problème dans notre cas, comme souvent quand on a une agence [de communication], c'est qu'il n'y a personne pour jouer ce rôle - le travail ne donne pas satisfaction. Les questions se perdent dans la nature, elles disparaissent."
Jean Rodriguez, Press Office, European Central Bank

Voilà le type de déclaration que j'aime entendre ou lire de la part de nos clients. C'est pour moi la preuve qu'il existe bien des acheteurs de traduction exigeants qui tiennent absolument à parler avec leurs fournisseurs. Ils veulent un traducteur qui soit présent, un traducteur qui pose des questions, qui cherche à mieux comprendre -- entre autre parce que ce traducteur devient alors bel et bien leur filet de sécurité en ce qui concerne la précision, le style, ou les nuances du texte source lui-même. Au delà du transfert linguistique, voilà une fonction importante du traducteur dans le domaine de la traduction financière et je tiens absolument à attirer votre attention sur ce point. C'est également, pour moi, un aspect intégral du plaisir que l'on prend à traduire : ces moments où vous analysez le texte, vous saisissez ce que votre auteur a dit, ce qu'il n'a pas dit, ce qu'il aurait voulu dire, et vous l'aidez à atteindre ce but pour ses lecteurs étrangers.

Mais pour cela, il faut que le traducteur soit prêt à poser des questions. On peut s'y prendre de plusieurs manières. Voici un exemple :

La France a présenté le 17 octobre des mesures baptisées " plan de consolidation de la croissance ", équivalant à 0,2% du PIB, en faveur à la fois des ménages, à travers essentiellement la rallonge de la prime pour l'emploi, et des entreprises, à travers des dispositions en faveur de la trésorerie et de l'investissement et des aides aux secteurs affectés par les retombées des attentats du 11/09.

On October 17, the French government presented a so-called consolidation and growth plan, a package equal to 0.2% of GDP. Households are to benefit from extension of employment premiums for low earners, while measures in favor of business include steps to ease cash constraints **PRECISIONS SVP : QUICKER VAT REPAYMENTS OU BIEN ? and encourage investment, as well as assistance for the sectors worst affected by the September 11 attacks.

Comme je vous l'ai expliqué, mon collègue et moi suivons de près l'actualité économique en France. Et lorsque nous tombons sur des éléments qui ne nous sont pas clairs, il est normal de demander à l'auteur de préciser sa pensée -- ici, "des positions en faveur de la trésorerie". A quoi faisait-il référence, exactement : des remboursements plus rapides de la TVA ? Nous le pensions mais n'en étions pas sûrs, donc nous avons signalé notre question par un double astérisque, en proposant une ou plusieurs solutions. Notez que nous mettons nos questions à l'intérieur du texte plutôt qu'en bas de page ; c'est un choix personnel, d'autres options existent, mais je pense que cela force l'auteur à y prêter plus d'attention.

De même, l'un de nos clients cherchait des acquéreurs pour une usine désaffectée, et indiquait dans son offre :

Situation urbaine privilégiée : à proximité des équipements publics

Nous trouvions la formulation trop vague (du moins pour un acheteur potentiel anglophone !), et avons proposé, toujours en attirant son attention sur notre question :

Close to public transport and other facilities**OK?

 

Conclusions / suggestions

(voir aussi "Bridging the gap" in Translation Journal at www. accurapid.com/journal)

1.  Pour les enseignants : pensez à remplacer parfois les textes sortis de journaux non-spécialisés par des cas authentiques fournis par les traducteurs professionnels acquis à votre cause (avec, à l'appui, des mémos et autres échanges expliquant les choix, permettant aux étudiants de suivre le processus étape par étape).
Exemple : phrase introduisant un discours interne aux cadres responsables d'un programme de responsabilité sociale dans une grande société agro-alimentaire : les recherches ont montré que le texte source était vraisemblablement inventé. En passant par plusieurs moutures, les traducteurs ont néanmoins formulé un texte acceptable pour et par l'orateur.

  L'entreprise doit faire des profits, sinon elle mourra. Mais si l'on tente de faire
  fonctionner l'entreprise uniquement sur le profit, alors elle mourra aussi car
  elle n'aura plus de raison d'être. Henri [sic] Ford

  1. Henry Ford was naturally well aware that a business won't survive unless it makes money. But he also said: "A business that makes nothing but money is a poor kind of business."

  2. To paraphrase Henry Ford:
    "A business must make money or it will fail. Yet a business that does nothing but make money will also fail, because in the end it will lose all sense of purpose."

2.  Mise en garde : d'après notre expérience, la (sur?)-utilisation des mémoires de traduction chez certains traducteurs les amène à négliger le rythme de la langue elle-même. Les textes boiteux qu'ils produisent les excluent d'office du marché haut de gamme. (NB : je constate la même chose chez certains traducteurs qui travaillent par écrasement du texte source, qui ont manifestement du mal à se libérer de la syntaxe d'origine).
Exemple :

  The industrial sector remains particularly strong; indeed there were 1,721 new
  employment opportunities divided among 24 companies.
  From these significant job creations, 1,111 were generated in the automotive
  industry. This important industry accounted for 2,729 jobs at the national level,
  in 2001. In addition, the agribusiness and the plastics industry also remained
  strong.
                                                             Anonymous (and rightly so !), 2002

On ne peut jamais assez insister sur l'importance d'une rédaction claire et fluide. Et cela s'apprend.

3.  Lire, lire, lire : la presse quotidien et d'affaires (Financial Times, Wall Street Journal, Les Echos, etc.).

4.  Il faut former les étudiants à poser des questions. Ainsi, les obliger à proposer une seule solution lors de passages obscurs dans les textes proposés en classe ou lors de contrôles (plutôt que d'indiquer plusieurs options) ne fait qu'encourager des mauvaises habitudes professionnelles.


La traduction financière : la parole aux clients
Extraits de la table ronde/clients à l'Université d'été de la traduction financière de la SFT (La Rochelle, juillet 2002)

Édouard Manset, Directeur adjoint, CIC Asset Management

"Notre objectif lorsque nous commandons une prestation de traduction c'est tout simple : c'est que le client investisse dans nos produits. C'est aussi simple que ça : la traduction doit être rentable et il faut que le lecteur investisse. […]"

"Il faut que le texte soit concis, qu'il soit clair, et que le propos soit cohérent - qu'il y ait une cohérence de la phraséologie avec le thème traité et que la traduction ne soit pas filandreuse.[…]"

"Le style, qui doit être clair et simple, contribue beaucoup à l'image. Ça doit couler. En deux mots, pour ma documentation en langue française, je préférerais le style de Henri Troyat au style de Marcel Proust, en langue anglaise je préférerais le style d'Agatha Christie à celui de Virginia Woolf. […] "

"Votre prestation doit nous aider à réussir à vendre nos produits. Et là il y a deux points fondamentaux qui me paraissent devoir être retenus : 1) la maîtrise technique et 2) la capacité à convaincre, c'est-à-dire la qualité du langage et le message vendeur dans le langage utilisé […] "

"Comme vous le savez, il y a des métiers différents dans la banque et donc des spécialités différentes. Il faut que le traducteur maîtrise parfaitement les sujets qu'il traite. […]"

"Le dialogue permet en effet une réflexion sur le texte qui a été écrit dans la langue originale et peut mener jusqu'à l'amélioration de ce texte. Car après tout, la traduction ne peut pas être précise si l'original ne l'est pas, donc par les questions que vous me posez, votre traduction me permet d'améliorer mon texte original. C'est un plus indéniable. […]"

"Et je crois, à partir de mon expérience au sein de ma société, que vous avez au-delà de la langue et de la culture un rôle de véritable ingénieur-conseil à jouer. C'est en tout cas ce que moi, en tant qu'utilisateur, j'attends de vous."

Jean Rodriguez, Press Office, Banque Centrale Européenne

"Le premier précepte [en tant que client] c'est de connaître son traducteur et de dialoguer avec lui. Le deuxième serait d'identifier clairement sa cible - question très importante pour nous parce qu'il s'agissait d'une activité complètement différente et complètement nouvelle par rapport à nos activités traditionnelles. Le troisième, c'est de se mettre dans la peau du lecteur."

"[…] D'abord, quand on ne connaît pas son traducteur, il n'y a pas de contrôle, en tout cas pas de validation a priori sur les compétences ou sur le parcours précédent de celui-ci. Et quand on ne sait pas qui c'est, il n'y a pas matière à juger sur ses travaux précédents, ce qui peut être un obstacle si l'on cherche un travail de qualité."

"[…] en l'absence de contact direct, c'est qu'il n'y a pas de "briefing" - désolé d'employer du franglais ! Or, quand il n'y a pas de briefing on laisse la place à beaucoup d'incertitudes ou beaucoup de questions et si on ne se donne pas les moyens de répondre aux questions en général, ça donne de mauvais résultats."

"[…] dans tous les textes des questions se posent, ne serait-ce que pour la bonne et simple raison que les gens qui rédigent ces textes sont déjà tous imprégnés de la matière, qu'ils soient en interne ou en externe."

"Si on n'a pas l'occasion de lever le doute sur les questions qui se posent au moment où le traducteur traduit, il va traduire en faisant des suppositions. Et selon une règle de probabilité, ces suppositions vont s'avérer bonnes dans un certain nombre de cas et puis mauvaises - voire très mauvaises - dans d'autres. […]"

"[…] dans mon expérience, le travail d'un bon traducteur va presque toujours amener à quelques changements ou éclaircissements sur le texte d'origine."

"Le traducteur qui vous laisse la paix, qui ne vous appelle pas, qui ne vous pose aucune question, pour qui tout est clair, pour qui tout était bon, pour qui le plus simple, c'est de vous envoyer son texte sans rien suggérer, sans poser aucune question, et sans rien corriger, me fait douter. […] En tant que client, si je n'ai pas de dialogue, si je n'ai personne en face - et le problème dans notre cas, comme souvent quand on a une agence [de communication], c'est qu'il n'y a personne pour jouer ce rôle - le travail ne donne pas satisfaction. Les questions se perdent dans la nature, elles disparaissent."

"Une fois qu'on a pu établir un dialogue avec son traducteur, il faut établir clairement sa cible et en discuter avec lui. […]"

"Nous sommes tous attachés, en tant que clients, à la qualité, qui est un réquisit de base et qui est, pour nous, inenvisageable sans dialogue."

Antoine Getten, Translations (Paris)

"Les clients de la traduction financière demandent trois qualités essentielles. Tout d'abord,[…] la réactivité. Je crois que de toute façon la traduction financière se fait toujours dans l'urgence, c'est-à-dire qu'à partir du moment où une traduction est demandée, il faut que dans les 2 minutes, s'il s'agit d'un morning fax, ou dans les 2 heures s'il s'agit d'une étude plus importante, le traducteur se mette au travail. Puis il y a la fiabilité, c'est-à-dire que le client qui achète une traduction financière veut pouvoir compter en toute situation sur le prestataire. La troisième chose, c'est la confidentialité. C'est bien sûr une évidence puisque ça fait partie de la déontologie du métier de traducteur. C'est quand même un critère qui revient souvent et les clients y sont très sensibles, éprouvant le besoin de dire qu'évidemment, ils exigent une confidentialité absolue. En un mot, je dirais que le client a besoin d'être rassuré dans la traduction financière."