De quelques nouveaux outils du traducteur :
forums télématiques et listes de diffusion.
Nouvelles "ressources humaines" dans l'océan de la traduction

Sandra GARBARINO Università di Genova / Université de Nice-Antipolis


Pour voir les diapositives de la présentation cliquez sur les icônes , comme dans cet exemple : 1

Comme chacun sait, les instruments du traducteur ont beaucoup évolué pendant la dernière décennie. Il y a dix ans, ceux-ci consistaient principalement en dictionnaires (monolingues et bilingues, dictionnaires des synonymes, d'expressions idiomatiques, de faux amis, de régionalismes, d'argot, des citations, thesaurus), encyclopédies, traités spécialisés, revues sur papier et glossaires sur papier et informatisés. Toutefois, les documents informatisés commençaient à se répandre.
Il y a dix ans, l'ordinateur était déjà utilisé par la plupart des traducteurs, mais son usage était limité à des fonctions d'outil pour le traitement de texte (1) (à la place des anciennes machines à écrire) et de classeur pour les bases de données et les glossaires (2). Bien sûr, les recherches dans le domaine des logiciels de traduction automatique commençaient à produire des programmes permettant de traduire certains mots ou certaines phrases, mais ils étaient encore très chers et très peu performants.

Tous les professionnels savent que les trois facteurs gouvernant le travail du traducteur sont la quantité, la qualité et, bien évidemment, le temps (3). Vu que les traductions sont souvent urgentes et que le traducteur doit à la fois bien travailler et produire beaucoup, sa compétence dans ses domaines de spécialisation doit être impeccable. Mais ce qui le rend encore plus performant ce sont, évidemment, ses sources.
Les recherches étant une étape fondamentale, préalable et parallèle au travail de traduction, les professionnels ont besoin de sources à la fois fiables, facilement accessibles, rapides à consulter et, si possible, peu chères. On sait que les traducteurs consacrent la plupart de leur temps à des recherches (4). Par le passé, le fait de vivre loin du pays de la langue de départ ou de celle d'arrivée posait de nombreux problèmes au traducteur, surtout si une de ses deux langues était parlée dans un pays lointain. Or, si le traducteur avait de la chance, il pouvait parfois recourir à des spécialistes du domaine, natifs du pays de la langue de départ.
Ces 'ressources humaines' dont les caractéristiques étaient une fiabilité absolue et une rapidité inégalable, lui permettaient d'accélérer ses recherches (5). Mais cela n'était possible que dans de rares occasions et, bien évidemment, ceux qui pouvaient jouir de ce bénéfice, ne pouvaient pas solliciter ces spécialistes trop longuement.
De nos jours, les instruments du traducteur ont beaucoup changé. La technologie ayant fait des bonds en avant, ce sont les ressources informatiques qui sont en train de remplacer les documents sur papier, en réduisant le temps de travail. Les logiciels de traduction automatique et de traduction assistée ont beaucoup évolué en peu d'années, et permettent aujourd'hui aux traducteurs spécialisés dans les domaines de la traduction technique de travailler encore plus vite. Nous assistons aujourd'hui à une véritable prolifération des outils de TAO et des mémoires de traduction (Trados, en particulier). Mais ce qui a permis d'améliorer la vie des professionnels de la traduction (technique et littéraire) c'est la création de l'Internet.
Grâce aux outils terminologiques présents sur la toile (glossaires et dictionnaires monolingues et bilingues, parmi lesquels le Grand Dictionnaire Terminologique, le Trésor de la langue française, Eurodicautom - base de données de l'UE -2), les traducteurs peuvent rechercher les termes dont ils ont besoin sans être obligés d'acheter un dictionnaire spécialisé sur papier (ou en version CD-Rom), ou de se déplacer. De la même manière, la création et le développement des moteurs de recherche (entre autres : www.google.fr ; www.voila.fr) et des méta-moteurs a simplifié la vie des professionnels de la traduction en leur permettant de reconstituer, en très peu de temps, et où qu'ils soient, les contextes d'usage de n'importe quel mot. En outre, grâce aux liens hypertextuels, ces dictionnaires et moteurs offrent également la possibilité d'élargir les recherches à plusieurs domaines différents.

Mais aujourd'hui il y a plus. Depuis quelques années, nous assistons à la création de sources conjuguant la rapidité de l'ordinateur à la fiabilité des ressources humaines. Il s'agit des listes de diffusion (ou listes de discussion, ou mailing lists) et des forums télématiques sur la traduction. Grâce à ces instruments, les traducteurs français, québécois, anglais, australiens etc. contribuent à la résolution des problèmes de leurs confrères italiens, allemands, espagnols, etc. Cela à travers des sites comme Biblit et Langit, pour l'italien, celui de l'ATLF pour les traducteurs littéraires français, ou ProZ.com pour les traducteurs de toutes les langues. Des sites qui se spécialisent : les uns se consacrent à la traduction littéraire, les autres à la traduction technique (scientifique, technique, médicale, juridique, artistique,...).
Au-delà de leur utilité liée à la pratique de la traduction, ces forums ont apporté bien d'autres avantages à la vie des traducteurs. Ils représentent des sortes de "cyber-cafés" où ces professionnels se donnent rendez-vous pour parler traduction, pour se confronter, pour 'syndicaliser' et sortir un peu de l'isolement auquel leur travail les oblige.


A) Les listes de diffusion et forums télématiques sur la traduction

Qu'est-ce qu'une liste de diffusion ? Et un forum télématique ?

Une liste de discussion ou liste de diffusion (traduction de mailing list) est un groupe de personnes intéressées par un sujet déterminé (en fait, n'importe lequel) et connectées à Internet. Pour entrer dans un de ces groupes, il suffit de communiquer son adresse électronique à l'administrateur de la liste. Une fois admis, on reçoit tous les messages envoyés à la liste par chacun des membres, et chaque message que l'on expédie soi-même à la liste atteint tous les participants.
Les listes sont libres ou modérées. Dans les listes libres, les messages envoyés à une certaine adresse Internet (celle de la liste) sont retransmis automatiquement à tous les membres de la liste, qu'on appelle les abonnés. Il n'y a dans ce cas ni filtre ni censure. Dans les listes modérées ou arbitrées, les messages que l'on souhaite adresser aux abonnés doivent d'abord être envoyés à un modérateur, lequel ne les diffuse que s'il les juge opportuns, par le fond comme par la forme. Une curiosité : le modérateur de la liste n'est pas payé pour son travail, mis à part quelques subventions qu'il peut obtenir si la liste dépend d'une organisation (par exemple une Université ou une Association) ou si les abonnés paient pour s'inscrire. Cela nous permet de comprendre pourquoi, étant gratuites, la plupart des listes ne sont pas modérées !
L'administrateur de la liste dispose de plusieurs méthodes pour la gérer. Il peut le faire manuellement, ce qui n'est possible que si la liste n'a qu'un faible nombre d'abonnés. Si la liste est gérée à la main, on s'y abonne en contactant le gérant par courrier électronique et en lui demandant d'être inscrit. En réalité, la plupart du temps, le gérant utilise les services d'un ordinateur, appelé le serveur de liste. C'est à ce robot, accessible lui aussi par courrier électronique, qu'on doit demander son inscription.
Un forum télématique est l'équivalent de ce que les anglophones appellent " chat-line". À la différence des listes de diffusion, les utilisateurs des forums ne reçoivent aucun message à leur boîte électronique (sauf, parfois, un message signalant qu'un nouveau sujet a été abordé) : ils s'inscrivent et ensuite discutent avec les autres participants en temps réel, en demeurant connectés à Internet. Les messages qu'ils s'échangent sont sauvegardés par un serveur et sont souvent lisibles même quelque temps après.

Listes de discussion et forums en traduction et terminologie

Les listes de discussion et forums sur la traduction étant assez nombreux, nous nous contenterons d'en présenter quelques uns parmi ceux qui, en ce moment, paraissent les plus importants, ou, du moins, les plus connus par les traducteurs italophones, francophones, hispanophones ou anglophones. Toutes ces listes sont gratuites.

image3 - LANTRA-L (Web : http://segate.sunet.se/Listinfo/LANTRA-L/index.html)
Il s'agit d'une liste de diffusion générale non modérée couvrant tous les aspects de la traduction et de l'interprétation. Créée en 1986 par Hal WILLIAMS. Pour recevoir les messages et pour intervenir il faut s'inscrire en envoyant un message au serveur qui gère les messages.

4 - Courtinterp-L (Web : http://www.najit.org/listserv.html)
(http://www.pairlist.net/mailman/listinfo/courtinterp-L)
C'est la liste de la National Association of Judiciary Interpreters and Translators (organisation à but non lucratif ; siège : état de New York), mais tout le monde peut s'inscrire pour suivre les discussions et envoyer des messages concernant uniquement l'interprétariat et la traduction juridique (liée au droit américain). Cette liste n'est pas modérée.

5 - Courtinterp-spanish (Web : http://www.najit.org/listserv.html)
(http://www.pairlist.net/mailman/listinfo/courtinterp-spanish)
Liste espagnole non modérée de la National Association of Judiciary Interpreters and Translators
pour l'interprétariat et la traduction juridique (liée au droit américain), uniquement en langue
espagnole.

6- Term-list (Web : http://www.uwasa.fi/termino/termlist.html)
Forum créé en 1994, s'intéressant à la terminologie d'un point de vue théorique et pratique, ouvert à tous mais s'adressant en particulier aux terminologues, aux enseignants, aux étudiants et aux traducteurs. Les participants peuvent poser des questions en n'importe quelle langue.

7 - TransList (Web : http://www.egroups.com/group/translist)
Liste spécifique, non modérée, traitant uniquement de la traduction de l'espagnol en anglais et vice versa. Créée le 23 août 1998, ses inscrits sont 517. La langue utilisée par les membres de la liste est l'anglais.

8 - Langit (Web : http://www.vernondata.it/langit/index.html)
Cette liste est née en 1991 et est gérée par le Département des Sciences du Langage
de l'Université Ca' Foscari de Venise. Modérateur : Roberto Dolci. Cette liste, dont la langue de base est l'italien, a engendré d'autres listes, qui peuvent être utilisées lorsque le serveur de Langit tombe en panne ou dans d'autres occasions. Les voici :

12 - Gloss-post (Web : http://groups.yahoo.com/group/glosspost)
Liste pour traducteurs, interprètes, terminologues et créateurs de textes techniques signalant tous les glossaires et dictionnaires en ligne. Créée le 7 février 2000, elle compte plus de trois mille inscrits.

13 - Translat
Discussions théoriques concernant la traduction. Cette liste n'a pas de site web et fonctionne uniquement par courrier électronique. Pour s'abonner il faut envoyer un message à listproc@mail.wustl.edu.

14 - Biblit (Web : http://www.biblit.it)
Liste de discussion italienne pour traducteurs littéraires, née en 1999. Modératrice: Marina Rullo.

15 - Proz (Web : http://www.proz.com)
Site, liste et forum pour traducteurs traitant de la traduction en plusieurs langues différentes. Ce site permet également de déposer et de répondre à des offres d'emploi.

D'autres listes pour en français sont par exemple celle de l'ATLF (http://www.atlf.org) et celle de la SFT (http://www.sft.fr). À celles-ci, nous souhaiterions ajouter tlsfrm (Web : http://listes.uhb.fr/wws/arc/tlsfrm), liste de l'Université de Rennes 2, créée par M. Daniel Gouadec, qui compte presque 300 inscrits. Comme nous pouvons le lire dans l'intitulé du site, le but de cette liste est de permettre les " échanges d'informations se rapportant à la terminologie, à la traduction, et à l'exercice des professions relevant des "métiers de la traduction et de la communication multilingue" ".
Sur le site  (16) de "Foreignworld" les traducteurs peuvent enfin repérer bien d'autres sites et listes utiles. Ce site contient en outre plusieurs liens utiles à des banques de données et logiciels, à des associations, à des agences, à des magazines. Parmi ces liens utiles, nous pourrions signaler celui à la " List of language lists " (http://www.evertype.com/langlist.html), un répertoire de listes se consacrant à une langue précise (du langage des signes à l'espéranto en passant par le Swahili, le Chinois,...).
Sur le site (17) " The linguist list " (http://www.emich.edu/~linguist),d'autres liens utiles sont contenus. Un site impressionnant pour ses dimensions et sa spécificité ! Une brève analyse d'autres listes de diffusion a été effectuée par Julio Juncal, en 2000 et a été publiée dans Terminologie et Traduction (6).

Les listes les plus anciennes sont peut-être Lantra et Langit. Lantra, ayant environ un millier d'inscrits distribués sur plus de 50 pays différents, reçoit et renvoie une énorme quantité de messages : en moyenne 300/400 par jour ! Alors que Langit, liste italienne, n'en envoie peut-être que la moitié. Ne pouvant pas étudier le fonctionnement de toutes ces listes, nous avons décidé d'en choisir deux qui nous paraissent représenter des cas particuliers : l'une étant uniquement consacrée à la traduction littéraire et l'autre ayant par objet principal toute sorte de traduction. La première, plus petite, est une liste italienne qui s'appelle Biblit ; la deuxième, ProZ.com est une liste internationale, ayant cinquante fois plus d'inscrits que la première. Elle a été créée aux États-Unis, et se fonde sur un système assez complexe mais qui nous semble fort intéressant .


B) Biblit (18) : la liste italienne pour traducteurs littéraires

A l'occasion des quatrièmes Assises de traduction littéraire d'Arles, en 1988, Antoine Berman avait observé :

Il y a, semble-t-il, une convergence entre les exigences actuelles de l'activité traduisante littéraire et les possibilités que lui offrent les outils informatiques, même si ceux-ci n'ont nullement été conçus à ces fins ( 7).

Et Biblit, forum et liste de discussion en italien sur la traduction littéraire, le confirme. Créé en 1999 par une traductrice littéraire, Marina Rullo, ce site, regroupant plus de sept cents inscrits, a pour mission d'être un endroit virtuel où les traducteurs littéraires peuvent trouver des ressources utiles pour leur travail et se rencontrer pour " causer " traduction. Les initiatives les plus intéressantes associées à la liste sont l'Archive des ressources pour traducteurs (un répertoire qui contient tous les liens aux sites qui ont été signalés sur Biblit depuis sa création), la Bibliothèque du bon traducteur (une liste de textes de référence), le kiosque à journaux (contenant une série d'articles sur la traduction ou sur des sujets apparentés), et un modèle de lettre de protestation à envoyer aux journalistes et éditeurs qui oublient le nom du traducteur.
Biblit est une liste modérée et, surtout, gratuite. Cela signifie que des modératrices bénévoles sont occupées jour et nuit à surveiller la bonne marche de la liste et sans gagner un sou ! Pour cette raison, la plupart des listes ne sont pas modérées... Pour s'inscrire à la liste, il faut cliquer sur le bouton contenu dans la page de garde ou envoyer un message à : Biblit-subscribe@yahoogroups.com,
Cela car Biblit fait partie de ces groupes créés à partir d'un serveur, qui dépend du portail " Yahoo ". Au moment de l'inscription, chaque utilisateur choisit une identité et un mot de passe (obligatoires pour accéder aux services offerts aux membres de la liste) et reçoit deux messages expliquant le fonctionnement de la liste et les modalités d'envoi des messages. La traduction technique n'étant pas prise en compte par Biblit, les utilisateurs de la liste peuvent envoyer des messages contenant des questions ou des observations liées uniquement au domaine de la traduction littéraire. Les questions peuvent être envoyées de la même manière que tout autre message de courrier électronique.
À remarquer : tout message doit contenir dans l'objet une des abréviations contenues dans la liste (19 ), suivie par l'objet de la question posée. Cela permet une identification rapide du message. Vu le peu de temps dont disposent les traducteurs, les messages doivent être aussi clairs que possible.
Ainsi, chacun pourra choisir de suivre uniquement les sujets qui l'intéressent ou de mettre un 'philtre' à son courrier électronique de manière à ne recevoir que les messages auxquels on est intéressé.

20 - Sur http://groups.yahoo.com/group/Biblit/messages, les membres de la liste peuvent également avoir accès aux archives qui contiennent tous les messages échangés (plus de vingt mille) depuis l'ouverture du site actuel, le 27 décembre 2000. Ceux qui le veulent peuvent lire les messages et envoyer des réponses à partir des archives, sans passer par leur boîte électronique, en utilisant Biblit comme un forum. Une observation d'une page des archives nous permet de remarquer que tous les abonnés ne connaissent pas bien les abréviations à insérer dans l'objet des messages. Toutefois, l'objet des réponses reste toujours identique à celui du premier message du " thread " (tous les messages traitant du même sujet)
Quant aux messages échangés, Biblit étant un site italien, la plupart des questions ont pour sujet la traduction vers l'italien ou de l'italien vers une autre langue. Mais quelles sont les questions les plus fréquentes ?
Souvent (21 )les questions posées par les traducteurs sont liées à la nécessité de comprendre le sens d'une phrase particulière, d'une métaphore, ou bien d'expressions liées à la culture du texte source, comme dans l'extrait que voici :

Da: Manuela [...]
Oggetto: AIUTO: fr>it argent rouge

Ciao a tutti,
qualcuno mi può aiutare con questa frase?
"c'est à partir de la grande ville que le Juif mettrait en place la dictature
impériale de *l'argent rouge*, selon les termes de Geobbels".
A cosa si riferisce l'argent rouge?? non riesco a capire.
Grazie. Manuela

La traductrice italienne n'arrivait pas à saisir le sens de l'expression métaphorique cachée derrière l'unité de traduction " argent rouge ", que les dictionnaires bilingues traduisent par " argento rosso, pirargirite " (8), ne tenant compte que du sens concret du mot. C'est grâce à l'aide de deux collègues 'biblitiennes' qu'elle arrive à comprendre que cette expression ne se réfère pas au minéral mais qui s'agit d'une métaphore désignant l'argent des communistes.

      1. A mio avviso si tratta del comunismo. La grande ville è l'immagine della borghesia.
      2. Denaro rosso = comunista. I nazisti sostenevano che gli ebrei avevano creato il loro
        impero affiliandosi al comunismo.

Il arrive assez souvent que les traducteurs littéraires de Biblit posent des questions ayant pour but la recherche d'une citation. Ne pouvant pas posséder tous les ouvrages cités dans les romans qu'ils transposent et une visite à la bibliothèque la plus proche étant souvent une perte de temps, les traducteurs s'en remettent à l'aide de leurs confrères. Comme dans le cas qui suit, où le traducteur finlandais en train de transposer un roman de Camilleri, trouve une citation dont il ne comprend pas l'origine. En particulier, c'est l'adjectif "saliniana" qui lui pose problème.

Da:  Jon Rognlien [...]
Oggetto:  AIUTO: frase staliniana

Ehi, compagni,
temo di dover disturbarvi parecchio questo mese - sempre Camilleri,
"La forma...": "Citò, ed ebbe gioco facile, la frase saliniana del cangiar
tutto per non cangiare niente..." p. 79)
- Saliniana?
jon

Et voici la réponse d'un confrère italien qui explique que la citation est tirée du célèbre roman Il Gattopardo, Le Guépard. L'italien explique que bien que Camilleri lui attribue la citation, ce n'est pas le protagoniste du roman, le prince de Salina, qui prononce la phrase, mais son neveu, Tancredi.

Si riferisce alla famosa frase ne _Il gattopardo_ di Tomasi di
Lampedusa, il cui protagonista era il principe di Salina:
"Se vogliamo che tutto rimanga come e', bisogna che tutto cambi".
In realta' pero' la frase era pronunciata dal nipote Tancredi.

D'autres fois, les questions posées peuvent concerner des doutes liés à la langue d'arrivée (la concordance des temps, les normes de ponctuation, etc.), mais il arrive aussi que les professionnels de la traduction cherchent désespérément la traduction d'un mot (parfois récent, parfois tiré des parlers locaux ou spécialisés), un mot 'difficile' dont la traduction n'est pas présente dans les dictionnaires. Dans ces cas-là, le traducteur doit citer le mot recherché en mentionnant le contexte où ce mot est inséré pour que ses confrères puissent lui donner une aide concrète. Comme dans le cas qui suit :

Da :  "Giuliano" <giuliano@a...>
Oggetto :  Help En>It Chain of custody

Cara gente di biblit,
sono alle prese con un delitto. L'investigatore è sulla scena del crimine,
discosto dal resto dei suoi uomini, e ha trovato un foglietto sfuggito ai
ragazzi della scientifica. Allora lo raccoglie e lo mette in un sacchetto di
plastica. Quando gli altri gli chiedono se ha trovato qualcosa il detective
sta già "Tying a chain of custody card to the bag containing the evidence
he had found
".
Qualcuno sa come tradurre "chain of custody"? Non trovo niente su google in
italiano, mentre in inglese ho trovato che per "chain of custody" si intende
"... the unbroken sequence of events that is caused by an item of evidence
from the time it is found at the crime scene to the time it appears in court".
C'è tra voi qualche esperto di queste faccende?
Come al solito grazie a tutti in anticipo per l'aiuto.
Un fuerte abrazo. Giuliano

 Les réponses que le traducteur obtient sont nombreuses. Parmi celles-ci, nous souhaiterions citer celle qui suit, où le traducteur donne une traduction du terme et fournit au confrère une liste de sites qui pourraient confirmer son choix :

Da :  "Nazzareno Mataldi" <nazzareno@a...>
Data :  Dom Ago 25, 2002  12:17 pm
Oggetto :  R: [Biblit] Help En>It Chain of custody
in ambito non criminologico, ho trovato "catena della custodia" in un codice
antidoping
http://www.federvela.it/RR01-APP3.html
...Durante il trasporto al laboratorio si deve registrare la *catena della
custodia* dal momento della produzione del campione da parte dell'atleta al
momento dell'apertura di un contenitore nel laboratorio...

l'espressione "chain of custody", intesa come "rintracciabilità", sembra
abbastanza usata anche in italiano per i prodotti forestali (vedi
http://digilander.libero.it/fscitalia/chain.html), e con "scheda di
rintracciabilità" vengono fuori tre pagine.

se può essere di aiuto, ecco infine i link di alcuni glossari inglesi che
spiegano la "chain of custody":
http://www.mc2consulting.com/fraudef.htm
http://fire.r9.fws.gov/fm/policy/HANDBOOK/4-5.HTM
www.ojp.usdoj.gov/ovc/publications/bulletins/dna 4_2001/dna14_4_01.html
http://www.bugsatwork.com/227.ASP
http://www.e-b-i.net/ebi/guide/chapter5.html#5.5

ciao,
nazzareno

Parmi les règles des listes, nous retrouvons avec une certaine récurrence celle de signaler à la liste la réponse que l'on a choisie. Ainsi, très souvent, les demandeurs terminent le 'thread' en communiquant leur choix.

Mais les questions liées à la traduction d'un mot précis sont principalement posées par les utilisateurs de l'autre liste que nous souhaitons étudier, ProZ.com. Pour cette raison, il nous paraît intéressant de passer à l'observation de cet autre site/liste.


C) ProZ.com, la communauté des professionnels des langues(22)

Dans le cas de ProZ.com, les choses se compliquent. En effet, il s'agit d'un site très vaste (avec plus de 35.000 inscrits), doté de plusieurs forums (classés selon la langue ou les sujets traités : 20 langues et plus de 20 groupes thématiques différents), d'espaces destinés aux offres d'emploi, de pages de présentation des traducteurs (avec CV) et de bien d'autres espaces. Une remarque importante : l'interface peut être traduite en plusieurs langues (italien, français, anglais, allemand, espagnol,...) et cela ne peut que faciliter la compréhension de la part des utilisateurs.

La page des FAQ (la " foire aux questions "), qui est en anglais, contient toutes les instructions nécessaires pour l'inscription. Celles-ci n'étant pas très différentes de celles de Biblit, nous nous contenterons de signaler cette page.
Les questions posées par les abonnés sont divisées en deux typologies : les questions niveau débutant (easy) et celles niveau expert (pro) ; tous les inscrits peuvent répondre aux questions simples, tandis que seuls les membres " platinum " (payants et, dans la plupart des cas, professionnels) peuvent répondre aux questions difficiles. On devient " platinum " en versant la somme de 120$. Bien évidemment, ce sont principalement les professionnels qui paient pour s'inscrire, afin de pouvoir poser des questions plus complexes. Au moment de l'inscription les utilisateurs doivent préciser leur langue maternelle et leurs langues cibles. Ainsi, ils ne recevront que les messages liés à leurs langues. Un détail qui nous paraît cependant assez important : les emails que les utilisateurs reçoivent à leur adresse électronique ne montrent pas tout le message envoyé ; ils ne contiennent qu'un lien à la question postée qui peut être lue sur le site de ProZ.com. Les membres de ProZ.com reçoivent des emails chaque fois qu'une question est postée et peuvent recevoir une communication chaque fois qu'un nouveau sujet est traité dans les forums qui les intéressent. Mais venons-en aux questions. Voici comment elles sont gérées :
Chaque question postée doit préciser le contexte d'usage du mot recherché (ou le domaine, ex : technique/ingénierie) et la langue cible. Les membres professionnels (pros) suggèrent une traduction en fournissant les raisons de leur choix et leurs références. Le demandeur analyse les réponses, choisit la meilleure et donne des points (l'échelle est croissante et, selon la précision de la réponse, va de 1 à 4) en attribuant le maximum de points (4) à la réponse qu'il a choisie.
Cela nous paraît dévoiler un problème : celui de la fiabilité des réponses. Qui nous dit que la réponse choisie sera vraiment la plus appropriée ? Il est vrai que ceux qui répondent aux questions sont généralement des professionnels, qu'ils se documentent avant de répondre et que leurs propositions sont évaluées par des modérateurs. Mais des erreurs pourraient survenir... Ce n'est évidemment qu'une provocation !
Revenons maintenant au fonctionnement de la liste. Le total des points obtenus par chaque professionnel répondant aux questions est enregistré par le serveur qui classe ces personnes dans des classements différents selon les langues. Le fait de pouvoir un jour être les premiers de la liste incite les membres à répondre et fait en sorte que les gens les plus habiles puissent être mis en valeur. N'oublions pas que le site de ProZ.com est également une vitrine pour les traducteurs qui peuvent, selon leur spécialisation et leur habilité, recevoir des offres d'emploi ou bien être choisis à la place de quelqu'un d'autre s'ils postent une réponse à une offre. Les questions posées sur le site sont divisées en plusieurs sections différentes (Médical, Art/Littérature, Commerce/Économie, Technique/Ingénierie, Loi, Marketing, Autre) et peuvent être classées par paires de langues. L'aspect le plus surprenant de ce site est que toutes les langues sont prises en compte : des langues européennes à l'espéranto, en passant par l'haïtien, le yiddish,...
Une observation plus précise de la typologie des messages envoyés nous a permis de tirer plusieurs conclusions. La première, peut-être assez banale, est que la plupart des questions tournent autour de l'anglais. Dans la plupart des cas, les questions concernent la nécessité de traduire un mot anglais/américain en une autre langue - principalement : espagnol, français, allemand, italien, arabe... Les traducteurs demandent plus d'aide pour la traduction de mots techniques, économiques ou médicaux, alors que les questions liées au monde de l'art et de la littérature sont très peu fréquentes et reviennent plus souvent dans le cas du français que de l'anglais. L'anglais étant la langue la plus utilisées dans les domaines de la technique et des sciences, cela ne nous surprend pas. Comme nous l'avons annoncé, la plupart des questions ont pour objet la traduction et/ou compréhension d'un mot difficile, spécialisé.
23 : Dans les tableaux qui suivent, nous avons voulu montrer des exemples de questions et réponses.

 

Dans le cas qui suit la question posée est de niveau " expert " :

Dans le premier tableau, la traductrice demande de l'aide pour pouvoir comprendre une phrase. Des confrères lui répondent et leurs réponses sont montrées en dessous de la question ; mais c'est la phrase que nous avons insérée dans l'encadré qui est considérée comme la plus adéquate par le demandeur qui lui donne le maximum de points (4 points).
La deuxième question, posée par un français devant traduire un texte de l'italien, a pour objet un mot technique. Le demandeur ne considère pas la réplique du traducteur français comme satisfaisante, car elle ne donne pas une réponse précise mais deux réponses différentes. Ainsi il n'attribue que deux points à son confrère. Cela nous permet de mettre en relief un des problèmes qui peuvent surgir au moment de ce type d'échanges : les traducteurs du pays de la langue d'arrivée nécessitent souvent de plus de renseignements leur permettant de bien comprendre le contexte dans lequel le mot dont on demande la traduction est utilisé. Mais cette possibilité de poser une question précise, en spécifiant son contexte d'usage est également l'un des avantages de ces 'ressources humaines' : en fournissant un peu plus de détails, la solution est souvent trouvée très rapidement.

Toutes ces listes représentent sans doute une aide précieuse pour les traducteurs qui, sans besoin de se déplacer, peuvent trouver en peu de minutes une clé leur permettant de résoudre tout doute. Et cela sans dépenser un euro ! ... Mis à part les frais de la facture du téléphone, évidemment. Ce qui démontre que, même si on pouvait penser que le caractère solitaire de l'exercice de la traduction pouvait développer un individualisme féroce chez les professionnels, on voit bien ici qu'il n'en est rien. D'ailleurs, même les plus chevronnés n'hésitent pas à répondre aux jeunes encore au stade de la formation en leur donnant des conseils très précieux. Parfois ils leur conseillent ou déconseillent un client ; parfois ils leur donnent des indications sur des tarifs, ou sur des problèmes d'impôts.

Mais ces forums et listes sur la traduction sont bien plus que de simples outils : de fait, les messages envoyés ne contiennent pas uniquement des questions. Souvent, très souvent, communiquant d'une manière 'intensive', les inscrits (qui se tutoient) finissent par se connaître, par se lier d'amitié. Ainsi, quand les modérateurs signalent des événements liés au monde de la traduction, la plupart des habitués de la liste se donnent rendez-vous. Mais comme tout le monde ne peut pas participer à ces rencontres, les comptes rendus des confrères sont souvent l'occasion pour reprendre un certain sujet ou pour lancer une nouvelle discussion. Nul doute que ces forums et listes sont souvent l'occasion pour les inscrits (habitués à travailler tout seuls, avec pour seul collaborateur une machine, l'ordinateur) de se rencontrer (bien que 'virtuellement') et de parler de leur expérience professionnelle, du dernier livre traduit, du dernier livre lu, de leurs vies, etc. avec des gens qui pratiquent la même profession et qui, parfois, ont les mêmes intérêts, les mêmes goûts... des cyber-copains !

Cette étude sur les listes de diffusion pour traducteurs n'est qu'une première approche. Le monde de l'Internet et des listes de diffusion étant très vaste et, qui plus est, en perpétuelle évolution, un sondage approfondi mériterait bien plus de temps et de pages. Notre intention serait d'approfondir cette recherche afin de constituer un site recensant toutes les listes sur la traduction. Nous espérons pouvoir un jour réussir dans notre but.


Bibliographie

BENSIMON Paul, " Présentation ", in Palimpsestes n. 8, Le traducteur et ses instruments, Paris, éd. Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1993, pp. 9-15

BERMAN Antoine, "L'informatique un nouvel outil pour les traducteurs littéraires", Table ronde animée par Françoise Cartano, avec Antoine Berman, Jean-René Ladmiral, Jacqueline Lahana, Mats Löfgren et Edith Ochs, Actes des quatrièmes assises de la traduction littéraire, (Arles 1987), Arles, Actes Sud, 1988 pp. ?

COLSON Jacques, " Les instruments de la docilité ", in Palimpsestes n. 8, Le traducteur et ses instruments, Paris, éd. Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1993, pp. 57-70

GILE Daniel, "Les outils documentaires du traducteur", in Palimpsestes n. 8, Le traducteur et ses instruments, Paris, éd. Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1993, pp. 73-89

JUNCAL Julio, " Un útil de traducción: las comunidades virtuales", in Terminologie et Traduction, n. 2, 2000, pp. 182-185

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