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Je me présente, je m'appelle Anne Méner et, comme viennent
de le dire Daniel Toudic et Daniel Gouadec, j'ai fait mes études
à Rennes et j'ai obtenu mon DESS en 1995. Je suis installée
en traductrice indépendante depuis le mois de janvier 2002. J'étais
auparavant traductrice, puis chef de projet. Je traduis de l'anglais vers
le français dans le domaine informatique.
Au cours de mon stage de DESS, pendant 5 mois chez Hewlett Packard, j'ai
découvert le domaine de la "localisation", c'est-à-dire
de la traduction de logiciels (les pilotes d'imprimante) et de la documentation
et j'ai été amenée à travailler sur différents
systèmes à mémoire de traduction. J'ai également
géré quelques projets.
Mon 1er poste a été celui de traductrice en télétravail
pour une société américaine pendant 4 ans, ce qui
m'a donné un aperçu de certaines réalités
du traducteur indépendant : seul face à son clavier,
avec la gestion de son temps, la gestion des problèmes informatiques,
mais sans les soucis de prospection et de comptabilité
Après
quatre ans de travail "à distance", j'ai eu besoin de
changement et j'ai trouvé un poste de chef de projets dans une
petite société à Paris, société qui
a été rachetée par un des géants de la localisation
(Lionbridge) et j'ai donc travaillé en tant que chef de projets
pendant 2 ans et demi.
Au cours de cette période, j'ai été envoyée
en mission pendant 6 mois chez un client, Sybase, ce qui m'a permis de
tenir, cette fois-ci, le rôle du "client". J'ai géré
un projet de traduction de logiciel et de sa documentation, l'exécution
étant sous-traitée à une agence.
Toutes ces expériences m'ont donné une vision assez globale
de la traduction dans le domaine informatique et m'ont également
permis de développer un réseau de relations. Et lorsque
je me suis installée à mon compte, je connaissais le marché
et je disposais d'un carnet d'adresses de clients pour commencer.
Je conseillerais d'ailleurs aux étudiants de se "faire la
main" dans les agences avant de se lancer dans l'aventure du libéral.
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Au cours de cette intervention, je voudrais vous parler de mes
clients et du type de travaux qu'ils me demandent ce qui me permettra
d'aborder les " joies et difficultés du traducteur ".
Je vous donnerai également quelques chiffres sur les traducteurs
indépendants.
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Dans mon domaine d'activité (informatique, localisation), les
projets sont de plus en plus volumineux et complexes. Par ailleurs, les
délais d'exécution sont de plus en plus courts.
90 % de ces travaux passent par des agences de traduction multilingues
qui sous-traitent à des plus petites. Ces agences plus petites
ne prennent en charge généralement qu'un seul couple de
langues et sont implantées dans le pays de la langue cible. C'est
avec ces dernières que je traite et il y a donc 2 intermédiaires
entre le client et moi.
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La première difficulté réside donc dans les rapports
client/traducteur. On imagine facilement le délai nécessaire
pour faire "remonter" une question à son client lorsqu'il
y a deux intermédiaires entre le client et soi et que ces intermédiaires
n'ont jamais mis le nez dans les fichiers.
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Le deuxième type de difficulté de ce type de projets
tient au morcellement des traductions : comme les projets sont
volumineux et les délais de livraison toujours plus courts, le
traducteur indépendant ne reçoit qu'une partie du manuel
ou de l'aide en ligne à traduire. Il lui arrive donc de se retrouver
à traduire un chapitre, au milieu du manuel, sans avoir de vue
d'ensemble de la documentation.
Dans ces gros projets, il arrive également que la traduction de
la documentation ou de l'aide en ligne soit démarrée alors
que le logiciel n'est pas figé et ni entièrement traduit.
En tant que traducteur, on a alors l'impression de faire les choses en
dépit du bon sens et il n'est pas rare que l'agence modifie les
consignes et les glossaires à utiliser à mesure que le projet
avance.
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Autre type de difficulté que je rencontre dans le cadre
de gros projets de localisation : le domaine de spécialité.
Il m'est arrivé d'accepter une traduction de pages Web dans un
domaine que je maîtrisais et de recevoir, entre autres, des pages
présentant le rapport annuel de l'entreprise. Je ne suis pas spécialisée
dans la traduction financière et je me retrouvais donc avec 25
% de traduction financière. Dans ces cas-là, le plus dur
est de savoir jusqu'à quel point pousser la recherche de références
et de terminologie. La réponse s'impose d'elle-même dès
que l'on prend en compte les délais, le montant de la facture et
le niveau de relecture assuré chez le client, mais elle n'est pas
si évidente que cela tant qu'on est sur son texte. Je doute beaucoup,
mais d'après ce que j'entends autour de moi, ces doutes devraient
s'espacer avec l'expérience !
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On peut ajouter aux difficultés du traducteur, l'utilisation
de mémoires de traduction, sensées favoriser la cohérence
phraséologique et terminologique, mais en réalité
et dans de trop nombreux cas, ces mémoires ne sont pas gérées
et contiennent des erreurs que le traducteur doit accepter "les yeux
fermés" parce qu'il ne sera pas payé pour modifier
les traductions existantes (ce que l'on appelle les 100 %). Difficile
aujourd'hui de "signer" une traduction. On ajoute son grain
de sel mais on n'est pas véritablement l'auteur du texte puisqu'il
nous a fallu accepter les traductions proposées par la mémoire
et ajuster nos traductions au style imposé par la mémoire.
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J'arrête là avec les difficultés du traducteur pour
mentionner quand même un de ses plaisirs : utiliser son logiciel
à mémoire de traduction de son plein gré et en toute
autonomie ! C'est ce qui se produit lorsqu'on a affaire avec un nouveau
client "direct" qui ne dispose pas encore de mémoire
de traduction. On a alors la possibilité de créer sa propre
mémoire et de la gérer comme bon nous semble. Ce type de
projets nous permet également de rentabiliser l'achat du logiciel
car le client qui ne dispose pas encore de mémoire de traduction
ne sait pas toujours que ce type d'outils existe et ne demande pas expressément
de l'utiliser.
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Ceci m'amène à parler des autres types de clients.
On trouve de plus en plus d'annonces sur les places de marché virtuelles.
Ces sites Internet regroupent tout type de clients : l'agence de
traduction qui a une demande dans une combinaison de langues qu'elle ne
maîtrise pas ; le traducteur indépendant qui est submergé
et qui ne veut pas perdre un client ; l'agence de communication et
de relations publiques qui a un besoin ponctuel ou qui souhaite développer
cette activité.
Les tarifs pratiqués sur ces sites sont malheureusement souvent
très bas, mais permettent parfois de prendre contact avec de nouvelles
agences ou des clients directs.
C'est ce qui m'est arrivé en début d'activité, avec
une agence de relations publiques qui cherchait à faire traduire
ses communiqués de presse, dans le domaine des arts graphiques.
Après m'avoir demandé un test, qu'elle a jugé satisfaisant,
cette agence m'a confié quelques communiqués de presse,
puis 3 manuels d'utilisation dont la traduction s'est avérée
très rentable.
Je consulte régulièrement les annonces publiées sur
ces sites pour me tenir informée des besoins en traduction et des
"tendances" du marché. Par contre, je réponds
très rarement aux offres.
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Enfin, dernier type de clients, les clients directs auxquels le
traducteur indépendant n'a que très rarement accès
en raison de l'ampleur des projets.
Ces clients sont donc des constructeurs informatiques qui font appel à
des traducteurs indépendants pour des missions ponctuelles de relecture
ou de gestion de leur terminologie. Depuis mon installation, je n'ai pas
eu l'occasion de travailler en direct avec un constructeur informatique.
Et naturellement, ceci pose la question de la prospection. Comment aborder
le client pour lui proposer nos services ? Sachant qu'on n'est pas
la seule sur le marché à proposer ce type de services, comment
faire la différence ? Là encore, l'expérience
doit certainement aider à savoir se vendre. Pour l'instant, j'ai
encore beaucoup de mal à proposer spontanément mes services.
Je me rends compte aussi qu'en m'étant spécialisée
dans la localisation, j'ai du mal à me diversifier. Comment proposer
ses services dans le domaine nautique lorsqu'on n'a jamais rien traduit
dans ce domaine ? On ne peut pas dire simplement au client que l'on
a envie de changer de domaine. Les clients recherchent essentiellement
des sous-traitants expérimentés.
Deux difficultés donc, celle de vendre ses services dans son domaine
et celle de s'ouvrir à d'autres domaines.
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Comment font les autres traducteurs ? Et qui sont les traducteurs
indépendants ?
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D'après la caisse d'assurance maladie des professions libérales :
4189 traducteurs ont cotisé en France en 2000. 2748 d'entre eux
sont des femmes, 1441 des hommes.
Auxquels il faut ajouter les traducteurs passant par des sociétés
de portage, les traducteurs occasionnels et les traducteurs non déclarés.
Le revenu brut moyen déclaré : 14 330 €/an
(chiffre qui me paraît particulièrement bas)
D'après un centre de gestion agréé, le revenu brut
moyen serait de 25 000 €/an.
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Pour essayer de décrire le traducteur en profession libéral,
je me suis amusée à demander aux membres de la liste TLSFRM
de se définir suivant le jeu du portrait chinois, et voici les
résultats :
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S'il était un animal, le traducteur serait un chat
(pour son indépendance, sa souplesse et sa débrouillardise),
une fourmi (toujours en mouvement pour peu de gloire, subissant directement
les événements sur lesquels elle n'a pas prise), une chèvre
(par rapport à certains projets) un hérisson (infatigable
dévoreur de parasites en tous genres).
S'il était un outil, le traducteur serait :
presse-citron, cocotte-minute, mug, lustreuse, miroir reformant ou charnière.
S'il était une plante, il serait une plante des sous-bois
qui ne voit pas souvent la lumière ou plante d'intérieur
qui ne sort pas ; un jasmin subtil et fragile ; un ficus benjamina
(qui peut survivre des années dans un coin même si on ne
prend pas soin de lui) ; un sapin de Noël pour les traducteurs
occasionnels ; un lierre ou une liane parce qu'il faut s'accrocher ;
un bonsaï dont il faut prendre soin ; une plante tuteur, utile
mais peu valorisée.
S'il était une construction ou un édifice,
il serait un pont, une bibliothèque labyrinthe, la Tour de Babel,
un bunker (résistant), un couloir (vide inutile dont on ne saurait
se passer), un jeu de légo composé de pièces très
différentes qui pourtant tiennent ensemble ou encore un échafaudage
pour rénovation de façade (utile et robuste mais à
utilisation ponctuelle) !
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En conclusion, et d'après mon expérience, je dirais que
le traducteur doit savoir se tenir à l'affût, être
en éveil ; qu'il doit se spécialiser un peu dans tout,
faire beaucoup de recherche de documentation. Ce traducteur doit également
être prêt à travailler sur de nouveaux outils et être
relativement autonome en matière d'informatique.
S'il n'est pas encore "tigre" ou "lion" pour sa prospection,
il le deviendra certainement en gagnant en confiance avec les années.
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