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Le monde de la traduction se caractérise par un ciel sombre, présage
de temps troubles. Les prévisions des meilleurs spécialistes
de la question ne sont guère optimistes. Demain sera un jour plus
gris encore qu'aujourd'hui, avec des possibilités d'averses locales
et un brouillard généralisé. Pour trouver un ciel
plus dégagé, il faut se tourner vers les épigones
de mère traduction dont je me bornerai à citer quelques
prénoms : médicale, scientifique, juridique, localisation,
médias, informatique, ludique.
On l'aura compris, il n'existe plus, depuis quelques années, un
marché de la traduction plus ou moins homogène mais des
marchés de la traduction qui se déclinent avec plus ou moins
de bonheur en fonction des paires de langues. Malheureusement, aucun organe
officiel n'établit de statistiques fiables pour notre profession.
Pour des raisons bien simples : la désorganisation et la structure
particulièrement atomisée des marchés. Dans une perspective
strictement économique, on peut déplorer l'absence d'un
"Observatoire de la traduction" qui permettrait d'effectuer
des comparaisons, de dégager des tendances, voire de planifier
les formations. Peut-être pourrait-on alors distinguer clairement
les 3 ou 4 segments principaux du marché, à savoir :
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a) celui de la traduction dite automatique qui a complètement
échappé au contrôle des traducteurs. C'est le domaine
réservé des linguistes computationnels (sic !) qui
raisonnent en termes de fréquence, de statistique, de remplacement
des mots à 1 à 1 selon des algorithmes bien précis
imperméables aux valeurs culturelles. On y retrouve pêle-mêle
les gros systèmes de transposition automatique comme Systran, les
services de traduction gratuits comme Babelfish, les langages contrôlés
(resic !), etc. Les traducteurs ont toujours eu beaucoup de mal à
considérer ces techniques comme de la traduction au sens noble
du terme. Ils se trompent lourdement. Portées par la vague de mondialisation,
des milliers d'entreprises se laissent impressionner par les résultats
(!) et surtout par les coûts, des millions d'individus peu informés
sont persuadés qu'il s'agit de la seule forme de traduction qui
existe. Pour ces consommateurs, la traduction devrait être aussi
transparente, aussi simple, aussi disponible que l'eau courante ou l'électricité.
On l'utilise sans se rendre compte des efforts et investissements sous-jacents.
À la décharge des traducteurs, il s'agit en réalité
de "non clients" qui, de toute manière, leur auraient
échappé.
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b) celui du tout-venant, généralement le fait de bricoleurs
vaguement bilingues - au moins - qui traduisent un menu pour le restaurant
du coin, la publicité d'une PME/PMI aux moyens limités,
une déclaration de sinistre auprès d'une compagnie d'assurance
étrangère, un CV pour un ami de la famille, le site Web
d'un club canin, qui saupoudrent leurs activités traduisantes de
quelques cours de langue, de travaux de secrétariat multilingue
ou d'accueil de touristes à la fête de l'andouillette. J'y
ajouterai aussi, au grand dam de certains collègues, la majeure
partie de la médiation linguistique : infirmières bilingues
dans les hôpitaux, personnel d'accueil des réfugiés,
visiteurs de prisons et autres assistants sociaux. L'utilité de
ces services n'est nullement mise en cause, pas plus que la volonté
des individus de se rendre utiles à la société. Sans
émettre aucun jugement de valeur, je me limite, en ma qualité
de représentant d'associations professionnelles, à constater
que dans ce milieu, il n'est pas question de déontologie, de qualité,
de formation, encore moins de formation permanente, de responsabilités,
de normes, de juste rémunération, de droits et obligations,
de conditions de travail.
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c) la traduction spécialisée. Pour nous, traducteurs libéraux,
il s'agit du coeur du marché, et d'un coeur énorme encore
bien. C'est sur ce segment que je vais concentrer la majeure partie des
paragraphes suivants car il concerne tous les traducteurs professionnels
et représente sans doute le volume le plus visible de la traduction.
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d) le haut de gamme. Je le cite pour mémoire. Il existe une toute
petite frange de super clients prêts à faire appel à
des super spécialistes super payés dans des super conditions
de travail. Ne soyons pas jaloux de ces collègues qui ont réussi
à combiner leur talent linguistique avec la persuasion commerciale.
Ils rehaussent le prestige de la profession et nous en profitons tous.
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L'interprétation en 2001-2002
Je m'en voudrais de ne pas commencer ce tour d'horizon du passé
par un rapide coup d'il sur l'interprétation. Ainsi, après
les attentats du 11 septembre 2001, le nombre de réunions avec
interprétation simultanée a chuté de plus de 50%
en Amérique du Nord pour certaines combinaisons linguistiques.
Les chiffres sont identiques pour l'Asie mais moins significatifs pour
l'Europe (-20%). Un an plus tard, l'Europe est repartie de l'avant avec
sans doute moins de participants américains aux réunions
mais en chiffres absolus on constate un retour à la normale. En
revanche, aux États-Unis, beaucoup de collègues interprètes
ont encore le moral dans les chaussettes. Le marché public, gros
consommateur d'interprètes en Europe n'a guère souffert
en 2001. Quel que soit le nombre de participants, les réunions
doivent être interprétées dans toutes les langues
officielles de l'Union européenne. La prochaine adhésion
d'une dizaine de pays et d'autant de langues n'a fait qu'accroître
les besoins... et soulever une foule de questions comme le coût
de l'interprétation, l'équipement technique des salles,
le rôle de langues pivots éventuelles, le recrutement d'interprètes
dans des langues de faible diffusion (estonien, slovène, letton,
etc.) à partir d'autres langues de faible diffusion (finnois, portugais,
néerlandais, grec) ou même plus importantes (combien d'interprètes
de conférence letton-français ou espagnol-slovène
liront ces lignes ?). Aucune réponse n'a encore été
apportée officiellement à ces interrogations. Je soulignerai
aussi pour l'interprétation tant en milieu public que privé
la diffusion de plus en plus nette de formes anciennes d'interprétation
qui bénéficient désormais de conditions techniques
plus favorables comme l'interprétation de visioconférences,
l'interprétation en double relais, l'interprétation à
distance. À elle seule, l'interprétation mériterait
un exposé et je m'en tiendrai là.
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La traduction en 2001-2002
Sur le marché privé, la tendance à l'externalisation
de la traduction s'est poursuivie. De moins en moins d'entreprises conservent
un service interne. Seules les plus grandes assurent encore le minimum
(documents relatifs à la gestion du personnel, PV de réunions,
correspondance quotidienne). Dès qu'il s'agit d'un texte un peu
plus élaboré, elles font appel à un spécialiste.
Et ce spécialiste devient de plus en plus protéiforme. Outre
la traduction, le prestataire de services se doit d'offrir les conseils
et la rédaction en amont, la compo multilingue et la mise en forme
en aval sous une multitude de formats. La technique, et en particulier
l'informatique, devient omniprésente. On ne conçoit plus
qu'un traducteur ignore tout de la manipulation des fichiers PDF, de l'extraction
de chaînes de caractères dans des fichiers aux formats de
plus en plus divers, du langage HTML ou de la programmation de bases de
données. Rien de bien neuf dans ce constat pour l'observateur attentif
du monde de la traduction mais le traducteur isolé qui a la chance
d'enregistrer des commandes régulières de clients tout aussi
réguliers ne doit pas se désintéresser pour autant
de l'évolution de sa profession. Si jamais il retourne "sur
le marché", il constatera que les outils dont il s'est longtemps
amusé ont évolué rapidement. Au cours de la dernière
année, les mémoires de traduction sont devenues plus conviviales
et de nouveaux acteurs ont fait leur apparition sur le marché.
Plus puissants - mais techniquement toujours aussi élémentaires
(un ensemble de macro-commandes) - ces logiciels sont restés ce
qu'ils étaient : des outils d'aide à la traduction
et non des traducteurs automatiques. Les problèmes de droits n'ont
toujours pas été résolus. Rappelons que la mémoire
de traduction appartient au traducteur et non au client ou à l'intermédiaire,
conformément à la Convention de Berne qui fait du traducteur
un auteur - fut-il dérivé - en droit de faire rémunérer
correctement l'exploitation commerciale de ses travaux. Or, les intermédiaires
(surtout anglo-saxons) continuent à demander des réductions
de prix pour les passages "déjà traduits". Ils
en profitent aussi pour imposer leur logiciel au mépris de toute
logique technique. Une forme plus pernicieuse encore de cette insulte
au travail du traducteur s'est popularisée en 2001 : les satellites
des mémoires de traduction. En gros, le traducteur reçoit
une version allégée du logiciel qui ne fonctionne que pour
un texte particulier, sans possibilité d'adapter sa méthode
de travail et d'intégrer ses propres segments. En quelque sorte,
le traducteur se limite "à remplacer les blancs". Cette
évolution ne suscite curieusement guère de réactions
de la part des traducteurs. Rares sont ceux qui, à défaut
de se rebeller ouvertement, réfléchissent et remettent en
cause ces pratiques pour le moins douteuses. Bien que les traducteurs
n'aient pas l'esprit grégaire - il suffit de voir la faiblesse
de leurs associations professionnelles - ils se comportent néanmoins
comme des moutons et foncent tête baissée dans tous les pièges
que leur tendent des commerciaux. Ils oublient que ces pratiques influencent
également la qualité de leur travail : de plus en plus,
ils doivent jouer un rôle de conseiller lors de la rédaction
des textes, les traductions sont parfois meilleures que les originaux
(parce que rédigés dans une langue tierce) ou les originaux
sont tellement mal rédigés qu'ils exigent un double décryptage,
les travaux de révision peu valorisants s'accumulent, les mémoires
de traduction reproduisent à l'infini les erreurs, les traducteurs
doivent financer les mises à jour de leurs outils sans répercuter
ces coûts sur leur production. Fin de cette parenthèse syndicale.
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En termes de volume, le volet "traduction" du métier
langagier a moins souffert des événements de New York (-15%
en local) dans la mesure où le risque physique est moindre. L'Europe,
elle, a mieux encaissé le coup. Après quelques jours d'hésitation
que je mettrai sur le compte de l'horreur et de la stupéfaction,
la progression du marché s'est poursuivie, tout comme en Asie.
Car, à l'évidence, le marché mondial de la traduction
est en progression constante malgré le ralentissement général
de l'économie. Les meilleurs spécialistes de la question
estiment que l'Europe va croître en 2003 de 10% pour les plus pessimistes,
de 15% pour les plus optimistes. En Amérique du Nord, la reprise
devrait être plus modérée (5 à 8%). Elle sera
plus nette en Asie et en Océanie (+17%), l'Afrique étant
toujours à la traîne comme en de nombreux domaines, malheureusement.
Toutefois, il convient d'apporter quelques bémols à cette
vague d'optimisme mesuré :
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- Toutes les langues ne sont pas concernées. Dans les pays industrialisés,
la traduction vers le chinois mène la danse, celle vers l'espagnol
suit à quelques longueurs, puis celle vers l'allemand et les
langues scandinaves. En queue de peloton, le portugais souffre, le grec
a été décroché. Le français, l'arabe,
le russe, l'italien, le japonais suivent le mouvement général
à la hausse sans se faire remarquer. En progression constante :
les langues de l'Europe centrale et orientale, celles des pays en voie
d'adhésion à l'Union européenne. On peut en effet
imaginer le volume de traduction qui attend nos collègues (directives,
règlements, jurisprudence, normes, contrats, documents commerciaux
et techniques). En Amérique du Sud, crise économique oblige,
la traduction ne constitue pas la priorité des entreprises. Dans
l'ensemble, on note également des phénomènes ponctuels
liés à l'actualité : régularisations
de sans-papiers, flux migratoires suite à un conflit armé
local, réfugiés économiques, etc.
- Deuxième bémol : la langue source est de plus en
plus souvent l'anglais. Les autorités européennes financent
une kyrielle de formations linguistiques en anglais principalement destinées
aux fonctionnaires lettons, polonais, tchèques, etc. qui rejoindront
bientôt les rangs de l'Union. Les grandes entreprises s'internationalisent,
se mondialisent, fusionnent ou se démantèlent en anglais.
On connaît même des monopoles d'état où la
langue des notes de service est celle de Shakespeare, ou plutôt
un sabir composé de mots anglais assaisonnés à
la sauce nationale. Les rares pays qui avaient encore une politique
linguistique l'ont définitivement abandonnée. Certains
esprits chagrins ne verront dans ces remarques qu'une attaque gratuite.
Je me permettrai de signaler l'affaire des brevets européens
qui a fait disparaître tout un pan de la traduction technique
de base dans certaines langues, le recours à des langues pivots
dans la traduction des débats au Parlement européen, l'adoption
par la Banque centrale européenne du seul anglais comme langue
de travail, le refus d'indexation de pages Internet par certains moteurs
de recherche, principalement américains, les négociations
d'adhésion des nouveaux Etats membres de l'Union européenne
qui se sont déroulées exclusivement en anglais, l'abandon
progressif des langues nationales par l'Union européenne malgré
tous les démentis officiels (les rapports des experts extérieurs
ne sont plus traduits, des sites entiers de directions générales
sont unilingues malgré l'obligation d'information dans toutes
les langues officielles), etc. Ces décisions ne sont pas sans
répercussions sur le marché de la traduction quand on
examine les volumes traduits par combinaison linguistique. Certaines
langues ont pratiquement disparu du concert international, d'autres
n'y accéderont jamais. Il est bon que les jeunes traducteurs
s'en rendent compte avant de choisir leur voie.
- La banalisation de la traduction. De plus en plus, les financiers
prennent le relais. Aujourd'hui, le service des achats commande des
traductions comme il gère le mobilier de l'entreprise ou le parc
automobile, ou même les matières premières en milieu
industriel. La traduction est devenu un produit, prêt à
acheter dans un supermarché. Nous savons tous que cette hypothèse
est fausse, c'est un service. Mais que font les traducteurs pour compenser
ce déficit d'image de leur profession ? Pas grand-chose, il faut
bien l'avouer. Certains se défoulent sur quelques listes de diffusion
mais la plupart se taisent et se terrent dans leur coin. Fin de la deuxième
diatribe syndicale.
- Corollaire des bémols précédents : la concentration.
Si on peut acheter des produits identiques, commandons "en gros".
Ainsi, on voit de plus en plus d'achats groupés de plusieurs
institutions européennes. Les appels d'offres en traduction sont
devenus des achats de marchandises comme les autres, sans aucune distinction
entre les combinaisons linguistiques. Les candidats doivent pouvoir
offrir les 11 langues officielles d'aujourd'hui et les 21 langues de
demain. Exit par conséquent le spécialiste pointu compétent
pour une ou deux langues sources et une langue cible. Bienvenue en revanche
aux concentrations, consortiums et autres associations créées
pour la circonstance et qui n'ont d'autre objectif que de répondre
à des cahiers des charges strictement financiers. On a même
vu une "agence de traduction" demander à ses contacts
indépendants de participer à la constitution de la garantie
financière exigée par le Parlement européen !
- Conséquence : une pression sur les prix. Il faut bien
récupérer les frais administratifs et commerciaux des
intermédiaires de la traduction. Puisque le client ne paie pas
plus, c'est le traducteur qui reçoit moins. Dans le système
européen précédent, le prix de la page normalisée
au niveau des institutions européennes était de 42€.
Pour la nouvelle procédure, il est de 42,18€ mais il y a
un intermédiaire de plus à rémunérer. Aucun
avantage pour les institutions, tous les inconvénients pour les
traducteurs. Les grands marchés doivent comprendre que la segmentation
des fournisseurs s'effectue selon les combinaisons linguistiques et
les spécialités et pas selon le prix et le nombre de langues
ou le format d'un fichier.
- Autre tendance : la spécialisation mal comprise. La traduction
de sites Web est très à la mode. On ne parle que de mondialisation,
d'offres dans la langue du client. Je pose simplement la question :
une entreprise pharmaceutique, un conseiller financier ou un fabricant
d'outils ont-ils intérêt à faire appel à
un traducteur qui maîtrise leur domaine d'activité ou à
un gourou des balises HTML et du Javascript ? La réponse
est évidente. Elle l'est d'autant plus quand on constate que
la plupart des sites Internet sont une simple transposition de documents
papier alors que les habitudes de lecture sont totalement différentes
à l'écran. Les sites qui ont du succès sont ceux
spécialement rédigés pour la consultation en ligne.
- La mondialisation de la traduction est un leurre. Certes, on a vu
se créer au fil du temps des "entreprises de traduction"
dans des paradis fiscaux ou des pays à bas salaire. Il faut savoir
que de toute manière les clients de ces entreprises n'ont généralement
pas les moyens d'effectuer des traductions au niveau local. Il ne s'agit
donc pas d'une perte de clientèle pour les traducteurs mais plutôt
d'une extension du marché. Un banquier aura toujours intérêt
à faire traduire des documents contractuels de l'anglais au suédois
à Göteborg ou à Malmö et non en Asie du Sud-Est.
Il est vrai toutefois que de jeunes collègues tombent facilement
dans le piège commercial et acceptent en Europe des tarifs qui
ne couvrent même pas leur loyer. Si les règles économiques
interdisent les accords sur les prix, elles interdisent aussi les ventes
à perte. Certains traducteurs auraient tout intérêt
à se pencher sur leurs coûts de production et à
recalculer un point d'équilibre plus réaliste.
- Normalisation. Il souffle depuis quelques années un vent de
normalisation sur la traduction européenne. DIN, ÖN, Taalmerk,
BS, EUATC, UNI et d'autres se sont récemment penchés sur
notre profession avec plus ou moins de bonheur, voire de condescendance.
Aujourd'hui, c'est au tour du Comité européen de normalisation
d'enclencher la vitesse supérieure en proposant une réflexion
sur "les services de traduction" à l'échelle
européenne. Après la première réunion (janvier
2002) et sans vouloir préjuger de la prochaine (décembre
2002), il m'apparaît que plusieurs questions se posent :
l'utilité jamais prouvée d'une norme européenne,
la représentativité des organisations autour de la table,
la définition des services de traduction moins évidente
qu'on le croit, la structure des groupes de travail, la confusion entre
les aspects techniques et commerciaux, le malentendu entre norme de
qualité et norme de procédure, l'absence des formateurs.
L'obstacle le plus important est d'ordre conceptuel. Une norme, on y
adhère ou pas. Certains veulent cependant y voir une obligation
à respecter mais à quoi bon s'il n'existe pas de gendarmes
pour réprimer les excès ? Ne jetons toutefois pas la suspicion
sur ces bonnes volontés et laissons leur plutôt une chance
de réussir ou à tout le moins de faire avancer le schmilblick
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Formation
Il serait malheureux de quitter cette tribune dans une université
sans évoquer très brièvement la formation des traducteurs
vue sous l'angle des associations professionnelles.
Trois remarques s'imposent :
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- universités, évitez de multiplier les formations identiques
afin de ne pas mettre sur le marché de futurs chômeurs,
des "déçus de la traduction" en puissance. Certaines
combinaisons linguistiques sont saturées, d'autres n'ont guère
d'avenir.
- universités, refusez le "3" préconisé
par la déclaration de Bologne. On voit déjà aujourd'hui
en Italie des entreprises recruter des bac+3 pour des raisons économiques.
La traduction est affaire de professionnels et doit le rester.
- universités, ne vous lancez pas dans la spécialisation
à outrance. Malgré toute la bonne volonté des formateurs,
le temps de réaction d'un système est trop long. Donnez
en revanche à vos étudiants les méthodes, les outils,
les pistes pour se spécialiser plus tard en fonction de leur
clientèle. Organisez plutôt avec les associations professionnelles
des sessions de formation continue courtes, à la demande. Un
séminaire de 4/5 jours sera toujours plus efficace qu'une formation
longue, même à distance, pour un traducteur qui doit aussi
assurer son quotidien.
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Conclusion
Que le lecteur ne se méprenne pas sur le constat ci-dessus. Il
ne s'agit que de tendances qu'il faut nuancer. Plus que jamais, les exceptions
justifient les règles. Par ailleurs, ces considérations
ne visent qu'à secouer le cocotier. C'est à dessein que
certaines sont provocantes, voire farfelues. Je suis toujours effaré
par l'absence quasi totale de réflexion organisée sur notre
profession. Les listes de discussion regorgent de bonnes idées,
de suggestions géniales, d'exemples frappants, de solutions inédites
mais rien n'est fait pour les coordonner. Puissent des rencontres comme
celles-ci apporter leur pierre à l'ouvrage.
Et terminons sur une note optimiste : il existe de bons traducteurs,
il existe de bons intermédiaires, il existe de bons logiciels,
il existe de bons chefs de projet, il existe de bons réviseurs,
il existe de bons contrats, il existe de bons formateurs.
La preuve ? J'ai même rencontré des traducteurs heureux !
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