Professionnaliser

Daniel GOUADEC Daniel.Gouadec@uhb.fr
Centre de Formation de Traducteurs, Terminologues et Rédacteurs
Université de Rennes 2

La professionnalisation des formations de traducteurs fait débat, provoque parfois même des remises en cause fondamentales et donne lieu à une surenchère permanente. Les enjeux sont clairs, les objectifs identifiables, les acteurs connus, et les moyens généralement insuffisants. Les pages qui suivent décrivent les modalités de professionnalisation du cursus de formation de traducteurs créé à l'Université de Rennes 2 en 1979. Elles témoignent des réussites et des échecs qui ont marqué un parcours dont l'objectif est de mettre sur le marché des traducteurs débutants éminemment perfectibles, certes, mais déjà opérationnels selon les exigences des employeurs ( 1).

 

Connaître les profils de compétences requis

Professionnaliser les profils de formation c'est d'abord mettre en place le profil de compétences et savoir-faire requis.

Déterminer le profil de compétences et savoir-faire requis est chose extrêmement aisée. Nous y parvenons par quatre moyens principaux :

  1. Analyse des offres d'emplois de traducteurs et entretiens téléphoniques avec les offreurs d'emplois ;
  2. Analyse des profils de sous-traitants recherchés par les agences et sociétés de courtage en traduction (une consultation trimestrielle des sites Web suffit à enregistrer les évolutions) ;
  3. Consultation semestrielle du conseil de perfectionnement regroupant des responsables d'entreprises de traduction, des directeurs d'agences, des traducteurs salariés, des traducteurs libéraux, des responsables de services achats, des responsables de sociétés d'ingénierie linguistique ;
  4. Consultation semestrielle des anciens étudiants (via leur liste de diffusion, qui sert également à la diffusion des offres d'emploi) avec questionnaire spécifique adressé à tous les étudiants diplômés de l'année N-1 afin de déterminer le degré d'adéquation de leur formation avec les exigences professionnelles (2) ;
  5. Analyse des rapports de stage des étudiants (120 en moyenne annuelle). Ces rapports de stage doivent comporter une section consacrée aux profils de compétences requis.

Les résultats confirment ce que l'on sait déjà, dans les grandes lignes, à savoir, que tout traducteur doit maîtriser :

  • La ou les langues/codes de départ
    • Compréhension et analyse des matériaux à traduire, y compris des matériaux autres que textuels
  • La ou les langues/codes cibles
    • Production de matériaux, y compris de matériaux autres que textuels
  • La ou les sujets/matières d'application (domaines de compétence)
    • Techniques de documentation (auto-documentation surtout)
    • Apprentissages spécialisés spécifiques
  • La terminographie traductive
  • La phraséographie traductive
  • L'informatique utilitaire (3)
  • La bureautique avancée [SGBD, présentations, feuilles de calcul, etc.]
  • La "traductique" [maîtrise des principes et applications des mémoires de traduction, explorateurs de corpus, macro-commandes dédiées, PAO appliquée à la traduction, traitements graphiques et divers appliqués à la localisation de logiciels et de sites, programmation en vue de la production des éléments fonctionnels nécessaires à l'exercice de la profession]
  • La traduction-transfert appliquée à :
    • la traduction générale,
    • la traduction spécialisée,
      • domaines spécifiques (au choix : juridique, financier, technique avec subdivisions),
      • multimédia,
      • localisation de logiciels et de sites.
  • La relecture et la révision ; si possible, la réécriture
  • La gestion de projets :
    • spécifications,
    • planification,
    • gestion financière et comptable,
    • gestion des ressources.
  • Les comportements adaptés aux diverses circonstances de la vie professionnelle.

Mais les résultats apportent également l'indication, plus précise et plus précieuse, de ce que doit comporter chacun des chapitres ci-dessus. Ils indiquent surtout les sources de plus-values dans chacun de ces chapitres. Or, ce sont ces sources de plus-values qui nous intéressent, en ce sens qu'elles facilitent l'insertion professionnelle et la vie professionnelle des diplômés.

À titre d'exemple, l'annexe reproduit le tableau des "compétences et capacités" en informatique résultant de la consultation des anciens étudiants en mai 2002. Nous disposons de résultats de même type pour chacun des chapitres génériques ci-dessus.

 

Définir un profil de prestations

Il n'est plus possible de juste former des traducteurs. Sauf improbables niches, le traducteur de "texte pur" utilisant son traitement de texte à environ 20% de ses possibilités est en voie de paupérisation relative. Les plus values sont dans les prestations élargies et les prestations enrichies et les marchés sont tellement diversifiés qu'il faut se fixer pour objectif de rendre les traducteurs capables d'assurer :
1. tel(s) type(s) de prestation(s),
2. dans tel(s) type(s) d'environnement(s),
3. sur tel(s) type(s) de matériau(x),
4. avec tel(s) moyen(s).

Nous avons défini un profil ambitieux dans lequel entrent toutes les composantes répertoriées ci-dessus mais en offrant à chacun la possibilité de privilégier telle ou telle option. Ainsi, par exemple, tous les étudiants doivent pouvoir obtenir une prestation de traduction comportant de la traduction de textes, du traitement graphique, la création d'une architecture de site, du sous-titrage, de la voix hors champ, la création de formulaires .php, les tests fonctionnels sur sites reconstruits, et la rédaction d'un mode d'emploi pour le site cloné en utilisant, dans chaque cas, les outils les plus performants. Mais chaque étudiant peut choisir de s'orienter plus spécifiquement vers le sous-titrage.

Les spécialisations de domaines n'entrent pas dans le profil de compétences. Il est en effet impossible de parier juste sur les créneaux futurs : ce sont les stages externes qui déterminent, pour une très large part, les orientations spécialisées des uns et des autres. Nous considérons qu'il faut mettre en place les compétences et savoir-faire correspondant aux diverses combinaisons de spécialisations de natures et types de matériaux, spécialisations de supports, spécialisations de types de prestations, et spécialisations d'instruments ou d'outils. Les applications génériques retenues concernent l'informatique, la mécanique, la gestion de projets, le juridique et l'économique.

 

Suivre et, si possible, devancer les évolutions

Le suivi permanent des profils de compétences et savoir-faire requis des traducteurs professionnels n'a de sens que si l'on a pris le parti de mettre en place ces profils chez les étudiants et donc de faire évoluer la formation à mesure que des besoins nouveaux se présentent. En même temps, nous avons choisi de rechercher les dénominateurs communs que masque l'extraordinaire diversité des compétences et savoir-faire requis. C'est en ce sens que se pose la volonté de devancer les évolutions. À titre d'exemple, la modélisation des prestations de traducteurs conduit à dégager un chemin critique "universel" dans lequel viennent s'inscrire les chemins particuliers déterminés par la nature du matériau à traiter, les environnements, les outils à mettre en œuvre, et la nature du produit fini et de ses supports. Le modèle est donc toujours en avance sur les avatars que génèrent des situations particulières. Sur un autre plan, il est utile de mettre en place des apprentissages génériques en informatique en allant très loin derrière les outils et instruments "aléatoires" pour atteindre, par exemple, le niveau de l'analyse des environnements, des langages (avec un peu d'algorithmique), mais aussi le niveau de la génération et des traitements du code afin que cette base générique permette de prendre tous les cas particuliers dans la foulée.

Ainsi donc, le suivi attentif des évolutions n'a pas conduit à une atomisation des apprentissages, bien au contraire. Et les compétences acquises dépassent très largement les cas particuliers et les situations particulières.

Le suivi des profils de compétences confirme que la formation "de base", parce qu'elle est générique et très ambitieuse, prend déjà en compte, par anticipation, les évolutions particulières. Plus précisément : le niveau de compétence est tel que les étudiants savent faire face aux situations nouvelles, parce qu'ils ont l'arrière-plan, le recul, et la profondeur de champ nécessaires. Il reste alors simplement à mettre en place les séances de maîtrise spécifique de tel ou tel produit (4). Les diplômés se sont ainsi avérés capables dès 1991 de toutes les formes de la localisation sans qu'il y ait eu d'enseignements spécifiques à ce sujet (5), puisque tout était déjà en place, à la fois dans le modèle du chemin critique de la traduction, dans les compétences et savoir-faire en informatique et en traitement graphique, et dans la culture informatique. Il ne restait plus à chacun qu'à "apprendre" les logiciels requis ou souhaitables, ce qui constitue l'objet spécifique du cours de localisation bien que cela n'en relève pas directement.

Incidemment, aujourd'hui, nos diplômés s'engouffrent dans le créneau de l'ingénierie de communication multilingue et multimédia en PME-PMI, créneau dont leur formation leur a ouvert les portes dès que les premiers emplois ont été créés, certains emplois ayant d'ailleurs été créés parce que le profil de compétences était, à la grande surprise d'employeurs qui n'en espéraient pas tant, disponible.

Signalons enfin que la connaissance fine des évolutions des profils de compétences nous a permis de faire évoluer la formation année après année en y introduisant des éléments de cursus nouveaux et en adaptant ou même en supprimant ceux qui sont devenus obsolètes. Ceci a également été rendu possible par la grande souplesse de définition des encadrements à l'intérieur d'un volume horaire prédéfini et, plus encore, par la mise en place de mécanismes de mutualisation des savoirs et compétences. Depuis 1979, date de création du cursus, les contenus ont évolué en 18 occasions et chaque année les contenus de l'ensemble des cours professionnels évoluent pour tenir compte des états prévisionnels des marchés (6).

 

Décider de la part que l'on assumera

Une fois les profils de prestations définis, la grande décision qui conditionne tout le reste, concerne le partage des attributions, tâches et responsabilités entre le centre de formation [et les périodes de formation universitaire] et ce que, pour tenir compte d'une réalité évidente, on nommera les centres de production (7).

Nous avons d'emblée posé le principe que le centre de formation universitaire doit prendre en charge tous les apprentissages et leur donner un début d'application avant le passage aux applications "massives" dans les centres de production. La prise en charge par le centre de formation peut être confiée à des praticiens intervenant dans ce centre de formation aux conditions définies par celui-ci.

Ce principe découle d'un constat simple : les formateurs dans l'université ont du temps. Ils ont du temps pour former vraiment (entre trois et cinq ans), du temps pour réfléchir et se remettre en question, du temps pour comprendre et du temps pour entreprendre. Ils ont du temps pour construire des profils de compétences complets et pour donner à chacun le bagage qui lui permettra de faire face à toutes les évolutions et révolutions que ne manqueront pas de connaître les métiers de la traduction. Ils ont du temps pour construire des modèles optimisés tout en demeurant réalistes, pour appliquer ces modèles, et pour faire acquérir aux étudiants les stratégies qui garantissent les gains de qualité et de productivité - toutes choses capitales au moment du passage à l'application. Il nous semble en effet de la plus haute importance que les étudiants aient acquis les modèles et les stratégies "justes" avant de subir la pression des environnements. Il nous semble au contraire dangereux que des futurs traducteurs soient trop tôt exposés à des pratiques de la traduction dans lesquelles la pression des délais est telle que toutes les précautions, toutes les conduites raisonnées passent nécessairement à la trappe : un traducteur débutant ne doit pas être amené à fonctionner d'emblée comme s'il avait cinq ans de métier.

 

Organiser la complémentarité entre formation et application/production

Quelle que soit la ligne de partage des responsabilités, il faut bien organiser et gérer la complémentarité entre centre de formation et centres de production. Aucun centre de formation ne peut se permettre de récuser la professionnalisation et de se cantonner aux apports méthodologiques et théoriques - via le moelleux cocon de la traductologie, de la théorie (qui ne mange pas de pain), de la méthodologie et de l'impérissable couple thème-version - en laissant aux praticiens le soin de corriger les excès de distance par rapport à l'objet professionnel.

Selon le principe fondateur du Centre de Formation de Traducteurs, Terminologues, et Rédacteurs de l'Université de Rennes 2, l'université doit préparer complètement les futurs traducteurs à leur(s) futur(s) métier(s). Ceci implique, dans l'ordre logique ci-après :

  1. une information sur le(s) futur(s) métier(s) ;
  2. la modélisation des prestations de traducteurs selon les axes d'application prévisionnels ;
  3. l'intégration de la dimension professionnelle dans la définition et l'architecture des cursus ;
  4. une formation de base imprégnée des objectifs professionnels retenus ;
  5. des simulations diverses (8) ;
  6. l'émulation (9) des pratiques professionnelles ;
  7. l'immersion (10).

Ceci conduit à un système de complémentarités entre centre de formation et centres de production représenté par le tableau ci-dessous :

Dans l'ordre :

  1. Les centres de production et diverses instances professionnelles fournissent l'information sur les profils de compétences qui, à leur tour, définissent des profils de formation.
  2. Le centre de formation propose une modélisation de la prestation ou des prestations dont les diplômés devront être capables.
  3. Les centres de production définissent les objectifs de professionnalisation.
  4. Le centre de formation construit le cursus professionnalisé en termes de contenus, d'architecture, et de progression.
  5. Le centre de formation dispense la formation de base (incluant des interventions de praticiens).
  6. Centre de formation et centres de production apportent de l'information sur les métiers.
  7. Les centres de production proposent des stages d'observation.
  8. Le centre de formation propose des activités pédagogiques simulant au plus près l'intégralité et la diversité des situations professionnelles.
  9. Le centre de formation propose des activités qui sont, à toutes fins utiles, rigoureusement identiques, en termes de contraintes, délais, outils, ressources, évaluation, et autres, à celles qu'effectuerait l'étudiant en milieu professionnel.
  10. Les centres de production proposent des stages d'immersion ou stages pratiques, dans lesquels les futurs diplômés ont statut et fonctions de traducteurs.
  11. Les stages pratiques débouchent sur l'emploi (en libéral ou comme salarié).

 

Raisonner selon six axes de formation

Pour construire un cursus de formation de traducteurs débouchant sur des profils de compétences adéquats, il faut raisonner selon six axes de formation :

  • Manipulations et traitements des instruments documentaires et de communication.
  • Codes (11) et utilisations des codes :
    • compréhension/analyse de matériaux "à traduire", d'une part ;
    • production/génération de matériaux, d'autre part.
  • Stratégies et mécanismes de transferts-adaptations.
  • Environnements et métiers.
  • Outils et technologies.
  • Informatique (12).

 

Mettre en place et maintenir les environnements adaptés

La mise en œuvre complète d'un cursus de formation aux métiers de la communication multilingue et multimédia suppose la disponibilité d'environnements adaptés. Le CFTTR dispose à cet égard, pour 100 étudiants en licence, maîtrise et DESS, de 40 micro-ordinateurs lui appartenant en propre et disposant de tous les éléments matériels (scanner, lecteurs de DVD, graveurs) et logiciels requis. Les cours se déroulent dans des salles ou amphis connectés à l'intranet/internet et équipés de vidéo projecteurs, de telle manière que les démonstrations correspondent très précisément à ce qui est possible dans les environnements de travail. Une salle de 20 postes est dédiée, par l'entremise d'un serveur spécialisé, aux cours et travaux pratiques spécifiques concernant la localisation, les mémoires de traduction, le sous-titrage, le clonage et le pseudo-clonage de sites Web, et la rédaction technique. Les étudiants disposent en outre de salles d'informatique en libre service. Et l'essentiel du dispositif pédagogique est implanté sur un intranet et mis en œuvre via un serveur de listes : ainsi, les éléments pédagogiques sont tous disponibles à tout moment et la communication est permanente et instantanée entre étudiants, entre formateurs, entre formateurs et étudiants. La disponibilité des matériels et matériaux pédagogiques et la communication permanente constituent la clé de voûte du dispositif et ont radicalement transformé les pratiques d'enseignement et d'apprentissage.

Les environnements disponibles font que toute activité de cours ou de travail pratique ou de simulation ou d'émulation se déroule dans des conditions de ressources matérielles, logicielles, documentaires, et autres en tout point identiques à celles que connaît le plus évolué des traducteurs. La maîtrise des outils, des ressources documentaires, des supports techniques, des modalités de consultation d'informateurs, etc. est inhérente à toute forme d'activité de formation des traducteurs, tout simplement parce que, comme nous le verrons ci-après, elle fait partie intégrante de toute prestation de traduction prise dans sa globalité.

En tout état de cause, un cours de traduction professionnelle de quelque nature que ce soit ne peut pas faire abstraction des technologies utilisées quotidiennement par les traducteurs : il faut enseigner à traduire malgré les mémoires de traduction ; il faut réévaluer tous les discours sur l'auto-documentation du traducteur et sur les auto-contrôles ; il faut refondre la part des cursus se rapportant à la terminologie et faire une place plus large à la phraséologie parce que son traitement est devenu "possible" et viable pour peu que l'on ait compris les apports des intranets et de l'internet… Et même la théorie de la traduction n'échappera pas à une remise en cause radicale. L'univers du traducteur a basculé ; la traduction aussi. Il faut donc :

  • intégrer la traduction à l'ensemble des environnements probables en prenant en compte l'impact de ces environnements sur la manière de traduire et sur la perception de la traduction ;
  • faire acquérir , si elles font défaut, les nouvelles compétences nécessaires.

 

Prendre en compte la dimension globale de la prestation

Dans le souci de renforcer l'aspect pré-professionnel du cursus, nous avons posé en principe que ce cursus devait préparer à la totalité des aspects de la prestation du traducteur - telle que nous l'avons définie. L'unité de formation est, par conséquent, la prestation prise en compte entre le moment où un besoin de traduction se confirme et celui où le matériau traduit est mis à la disposition de ses utilisateurs. L'unité de prestation mobilise trois acteurs au moins (le donneur d'ouvrage, le traducteur, le réviseur), auxquels peuvent s'ajouter le chef de projet et les supports techniques. Elle implique surtout systématiquement les phases de négociation, spécification de la prestation, analyse du matériau à traduire, étude du produit ou du sujet, mise en place des environnements, mobilisation des modèles et de la matière première, transfert, contrôles de qualité, corrections et mises à niveau.

Il s'agit de traiter un matériau volumineux (correspondant à une prestation standard) et généralement composite (texte + autres média) comme s'il s'agissait d'une prestation effective, en suivant le chemin optimal défini par la modélisation et en traitant systématiquement chacune des phases. L'exécution de chaque phase s'appuie sur des procédures et un cahier des charges prédéfinis. Après exécution complète de la prestation, une autopsie complète conduit à d'éventuelles réévaluations et débouche sur des considérations théoriques dérivées de la pratique effective.

L'avantage de ce système est qu'il inscrit la traduction dans son contexte global, qu'il maximise les quantités de traduction effectuées, et qu'il permet d'appuyer chaque considération stratégique, pratique ou théorique sur un corpus significatif de "problèmes" reflétant la diversité des situations envisageables pour chaque élément de la prestation. En même temps, chaque phase fait l'objet d'une analyse systématique, avec constitution de répertoires spécifiques. Ainsi, par exemple, un répertoire phraséologique est constitué dans le cadre de chaque prestation de traduction afin de fixer les stéréotypies requises.

Chaque "unité de prestation" est traitée sur une durée de deux semaines et toutes les unités traitées une même année académique sont corrélées afin que puissent jouer les effets et contraintes d'harmonisation et d'archivage.

On développe ainsi une formation-action à partir de volumes de traduction atteignant deux cents pages annuellement et couvrant tous les cas de figure standard de la pratique professionnelle. L'ensemble part du modèle professionnel défini par les procédures imposées et s'ouvre sur une réflexion théorique. Les formateurs sont en veille permanente et répondent aux interrogations des étudiants au moment où les problèmes se posent effectivement.

L'ensemble du dispositif ci-dessus relève de la simulation, en ce sens que toutes les conditions effectivement rencontrées prévalent [matériaux réels, environnements adéquats, toutes ressources disponibles, etc.] à ceci près que les échéances s'accommodent d'objectifs pédagogiques particuliers. Ainsi, la progression de la prestation est "suspendue" le temps qu'il faut pour que tout le monde ait compris, assimilé, et adéquatement mis en œuvre les stratégies et dispositifs permettant d'exécuter un élément donné.

 

Mettre en place une structure de gestion de projet

L'organisation de la formation selon le principe de l'exécution récurrente de prestations complètes n'est possible que par la mise en place d'une véritable gestion de projet. Le principe en est fort simple :

  • Le formateur en traduction remplit les fonctions de responsable d'une entreprise virtuelle chargée d'exécuter la prestation de référence.

  • L'un des opérateurs assume les fonctions de chef de projet. Il rend compte au formateur-chef d'entreprise virtuelle. Il est en rapport avec le donneur d'ouvrage et définit, en accord avec ce dernier, l'ensemble des spécifications, dont le calendrier d'exécution.

  • Le chef de projet s'appuie sur des responsables de domaines au nombre de neuf :
    • Logistique
    • Gestion des ressources humaines et financières
    • Préparation de la version pour traduction (démontage, numérisation, traitements graphiques, script ...)
    • Mise à niveau du matériau à traduire
    • Mise en place de la matière première (terminologie, phraséologie, modèles)
    • Transfert/mises en commun en cas de traitements par lots
    • Contrôles de qualité et mises à niveau
    • Harmonisation
    • Consolidation et archivage

  • Chaque responsable de domaine définit, sous le contrôle du chef de projet, les procédures et spécifications applicables pour l'élément de prestation le concernant. Il pilote et encadre les chefs de groupe responsables de l'exécution des divers éléments de prestation.

  • Chaque chef de groupe encadre un groupe, s'assure que les prescriptions sont bien respectées, et effectue les contrôles de qualité de la production du groupe avant de la transmettre au responsable du domaine.

La structure de gestion de projet permet de mettre en place un véritable travail de groupe, de définir des attributions particulières et de fixer des cadres de responsabilité pour chacun des intervenants, et de poser de manière brutale la problématique des spécifications et du respect du cahier des charges.

 

"Faire faire" pour mieux apprendre à faire

L'apport le plus probant des modèles professionnels à la formation initiale des traducteurs réside incontestablement dans l'impact des situations dans lesquelles les étudiants eux-mêmes sont appelés à piloter l'exécution de tout ou partie d'une prestation. C'est dans ces situations qu'ils comprennent les raisons pour lesquelles des défauts de qualité et défaillances d'opérateurs peuvent intervenir. Ils peuvent alors remonter, de proche en proche, vers l'aspect "prescription" afin de mieux cadrer les opérateurs qu'ils gèrent puis vers l'aspect stratégique et méthodologique sans lequel les prescriptions ne peuvent pas s'avérer totalement efficaces. Dans la pratique, le schéma de formation s'inverse : il ne s'agit plus d'aller de la théorie vers la pratique en passant par les directives d'exécution de tâches, qui constituent le point de rencontre entre l'une et l'autre ; il s'agit plus précisément de poser des spécifications raisonnées capables de garantir une bonne exécution des tâches mais dont l'application fait ressortir de manière systématique toute défaillance du processus et oblige donc à prendre conscience de toute insuffisance théorique et à y remédier. Les étudiants intervenant avec les attributions de chefs de projets ou responsables de domaines confirment invariablement que le fait d'avoir encadré l'exécution de prestations de traduction les a amenés à mieux voir ce qui n'allait pas chez les autres, mais aussi et surtout chez eux-mêmes.

 

Organiser des sessions intensives d'émulation de prestations réelles

Une fois les divers dispositifs, compétences et savoir-faire parfaitement maîtrisés, le centre de formation devient le lieu de la première application réelle au sens où les conditions de matériau, contenus de prestation, délais et conditions d'exécution sont en tout point identiques à celles de la vie professionnelle. Chaque session intensive dure six jours à raison de dix à douze heures par jour et tous les aspects de la prestation font l'objet d'évaluations.

 

Remplacer l'évaluation académique par l'évaluation professionnelle

L'évaluation de la prestation de chaque participant s'organise selon une échelle binaire opposant (i) l'acceptable/adéquat et (ii) l'inacceptable/inadéquat en fonction de critères clairement formulés au titre des spécifications. Accessoirement, chacun des deux niveaux peut se subdiviser en deux échelons pour donner un barème de type :

  • Totalement inacceptable
  • Inadéquat
  • Adéquat
  • Excellent

L'avantage de l'évaluation professionnelle est sa brutalité : elle fixe des seuils non négociables et elle fait intervenir des critères de jugement externes à l'institution de formation. Incidemment, le passage à l'évaluation professionnelle a eu le mérite de permettre au centre de formation de :

  • Redéfinir les critères de jugement ;
  • Fixer les seuils en spécifiant clairement les conditions d'inadéquation ou d'adéquation ;
  • Analyser les causes des défauts de qualité et des défaillances de processus.

En fait, nous avons totalement éliminé les critères habituels de faux-sens, contresens, et autres. Nous utilisons, d'une part, un paramètre globalisé d'impact des défauts de qualité ou défaillances de processus et, d'autre part, un mécanisme de diagnostic des causes des défauts et défaillances. Conjugués, l'un et l'autre ont un effet pédagogique incomparable.

 

Introduire la relation traducteur-réviseur

Nous avons, depuis 1985, généralisé la pratique de la révision [l'aptitude à la révision étant l'une des compétences standard de tout futur traducteur] en définissant d'abord les critères de la qualité révisable (13). Il s'agit en l'occurrence de familiariser les étudiants avec les notions de conformité, d'homogénéité, et d'ergonomie, mais aussi avec le caractère partiellement subjectif des révisions. L'important, en la circonstance, est de faire en sorte que les révisions soient discutées, expliquées, justifiées et donc que les futurs traducteurs prennent l'habitude de gérer des rapports de forces.

La révision fait l'objet d'un cours complet, d'une pratique assidue [les étudiants de DESS révisant les travaux des étudiants de licence], et d'une évaluation [puisque les formateurs analysent et discutent les révisions effectuées par les étudiants]. La pratique de la révision joue un rôle prépondérant dans la prise de conscience des partenaires du traducteur et de la nature même des prestations demandées.

 

Multiplier les stages internes

Toujours dans le souci de faire s'interpénétrer la formation et l'application, nous avons institué les stages internes (dès 1981). Ces stages internes correspondent à l'exécution de prestations multiples effectuées pour le compte de donneurs d'ouvrage réels. Les prestations incluent de la traduction, de la terminographie, de la production documentaire, de la création de sites, du sous-titrage, etc. Chacune d'entre elles est gérée comme un projet selon l'architecture éprouvée. Il s'agit pour chaque équipe de projet de mener à bien ses tâches en gérant sa logistique, les découpages en lots, les attributions de responsabilités, le calendrier, les plannings, les ressources, les contrôles de qualité, etc. Les stages internes sont ainsi devenus une véritable école de la prise de responsabilités, de l'initiative, de la gestion de projets en même temps que le terrain privilégié de la créativité puisque chacun est incité à développer des procédures et instruments originaux.

Comme leur nom l'indique, les stages posent des exigences relativement lourdes en termes de temps de travail, se déroulent dans les locaux de l'université, et sont encadrés conjointement par les formateurs et les donneurs d'ouvrage. Ils se différencient des sessions intensives d'émulation de la pratique professionnelle, en ce sens que ces dernières sont plus nettement "balisées" alors que les stages internes s'ouvrent tous sur une assez large part d'inconnu, soit dans la nature même de la prestation, soit dans les ressources à mobiliser ou à développer, soit dans tout autre domaine.

En fin de parcours, les stages internes s'inscrivent dans le cadre des activités d'un laboratoire universitaire de recherche et développement. Les étudiants sont intégrés aux équipes de projets du laboratoire afin de se familiariser avec le développement de produits et ressources d'ingénierie linguistique.

 

Envisager la junior entreprise… et peut-être y renoncer

Nous avons, comme toutes les formations professionnelles, eu recours au schéma de la junior entreprise afin de fournir aux étudiants un terrain d'application favorable. Nous y avons renoncé, pour les raisons suivantes :

  • Il serait inconcevable que les traductions des juniors ne soient pas contrôlées - une réputation est si vite perdue…
  • Une junior entreprise de traduction ne peut donc fonctionner adéquatement sans implication lourde des formateurs, dont la charge de travail est déjà écrasante.
  • Une junior entreprise est fatalement perçue par les traducteurs locaux et extra-locaux comme une source de concurrence (loyale si ses tarifs sont normaux, déloyale si ses tarifs sont faibles notamment parce qu'elle utilise des ressources qu'elle n'a pas financées). Tout en étant persuadés que la junior entreprise génère surtout des demandes de traduction là où elles ne se manifesteraient pas, nous pensons n'avoir rien à gagner à susciter des inquiétudes chez les traducteurs professionnels.
  • Une junior entreprise "de la maison" est très vite sollicitée par les universitaires "de la maison" et vue comme un organisme à leur service. Or, s'il est relativement difficile de faire comprendre à un donneur d'ouvrage "normal" ce qu'est la traduction, cela relève de la mission impossible quand le donneur d'ouvrage est un universitaire. Et nous n'avons pas sous la main les bataillons d'anglophones qu'il faudrait.
  • Tout formateur devrait logiquement se préoccuper d'abord des marchés des anciens étudiants et donc renvoyer les demandes vers ceux qui ont vocation à les satisfaire dans des conditions "professionnelles".

La solution que nous avons retenue est celle du stage "opportuniste" (14), parce qu'elle est juridiquement claire et économiquement équitable. En pratique, l'étudiant trouve une traduction à effectuer, négocie avec le donneur d'ouvrage, signe avec le donneur d'ouvrage une convention d'exécution de la prestation, signe une convention de stage qui fixe le cadre légal de l'affaire, effectue le travail. Par précaution, la signature de la convention est systématiquement soumise à validation préalable d'échantillons déterminés par le donneur d'ouvrage. Ceci permet, le cas échéant, à l'étudiant, au donneur d'ouvrage (et à l'institution de formation) de se quitter bons amis.

Le stage opportuniste se déroule ainsi selon un schéma archi-connu et inattaquable, sans implication lourde des formateurs, et sans qu'il soit possible de parler de concurrence déloyale.

Lorsque la prestation présente les quatre caractères ci-après :

  • volume de travail important (quatre ou cinq opérateurs au moins sont requis) ;
  • intérêt technique ou théorique très net [particularités remarquables ou inhabituelles du matériau à traiter ; procédures inexistantes ; grande complexité de réalisation] ;
  • faible à très faible viabilité économique [prestation ne présentant d'intérêt pour aucun professionnel] ;
  • forte plus-value latente en termes de "lignes de C.V." pour les étudiants ;

elle fait l'objet d'un projet de recherche dûment enregistré dans les programmes d'un centre universitaire de recherche et développement qui propose aux étudiants un stage encadré par les enseignants-chercheurs et des informaticiens.

Le centre de recherche passe une convention de recherche avec le donneur d'ouvrage. Les financements couvrent le fonctionnement du centre pour la durée et les besoins du projet, plus les indemnités de stage des étudiants. Le résultat est le produit de la prestation accompagné d'un rapport de recherche.

 

Généraliser les stages externes

La contribution majeure et irremplaçable des centres de production à la formation des futurs traducteurs prend la forme de stages externes.

Sur un cursus complet, l'étudiant en traduction effectue généralement une année effective de stage externe [11 mois au moins] (15). Il est en effet prévu que les étudiants de licence effectuent au moins 2 mois, les étudiants de maîtrise au moins 3 mois et les étudiants de DESS au moins 6 mois de stage externe. Le stage de licence peut être un stage d'observation. Les stages de maîtrise et de DESS sont obligatoirement des stages de production.

Le principe du stage faisant partie de la culture et des traditions d'entreprise en France, il ne se trouve jamais d'étudiant sans stage. Ceci est également dû au fait que les étudiants rennais sont réputés "opérationnels" ou même "technologiquement insubmersibles". Ils peuvent ainsi apporter une véritable contribution aux centres de production dans lesquels se déroulent leurs stages.

Les stages externes sont placés sous la responsabilité de maîtres de stage. Ils donnent lieu à un double rapport : un rapport de l'étudiant sur ses activités ; un rapport du maître de stage sur le comportement et les activités du stagiaire.

La question actuellement posée touche à l'éventuelle mise en place de stages externes selon la formule de l'alternance. Nous avons constaté une très forte demande des centres de production en ce sens. Techniquement, rien ne s'oppose à l'adoption de ce schéma. Cependant, la formule actuelle avec sa période longue de formation suivie d'une période longue de stage semble conserver un net avantage, parce que nous ne voulons pas circonscrire les horizons professionnels des étudiants au modèle d'un centre de production en particulier et parce que nous pensons, comme le montre le choix des dispositifs présentés ci-dessus, que la formation doit se faire en centre de formation en intégrant tous les modèles, principes, objectifs, et ingrédients de la professionnalisation. Pareille formation "complète" et professionnalisée permet une transition douce et naturelle vers l'immersion professionnelle.

 

Ne pas perdre de vue cette autre partie de l'essentiel …

Professionnaliser n'a de sens que si les compétences minimales exigibles de tout futur professionnel sont garanties. À cet égard, on ne saurait trop insister sur l'absolue nécessité, pour tous les futurs traducteurs, de maîtriser leurs langues de travail et, singulièrement, leur langue maternelle. Or, trop nombreux sont les futurs traducteurs qui présentent, à cet égard, des carences rédhibitoires.

On pourrait bien entendu imposer une mesure efficace de sélection à l'entrée et s'assurer que tous les étudiants admis dans un cursus de formation de traducteurs présentent les niveaux linguistiques requis. À supposer que ce soit possible - car cela contredit tous les principes explicites et implicites sur lesquels repose l'organisation des premier et deuxième cycles universitaires - ce serait prendre le risque de fermer la majorité des cursus existants. Il faut donc mettre en place des enseignements de langues visant à la correction linguistique, d'abord, puis à la maîtrise de l'expression ensuite.

Or il n'est rien de plus difficile que de trouver des universitaires susceptibles de proposer des cours de langues en vue de corriger les insuffisances linguistiques des étudiants. Tout le monde veut bien admettre que les enseignants du supérieur n'ont pas vocation à enseigner l'orthographe et la grammaire, mais il faut en tirer les conséquences et recruter du personnel adapté, ou, comme on doit le faire trop souvent, considérer que l'enseignant de traduction assume aussi cette part de la formation. Dans les faits, il ne peut guère y échapper.

Pour ce qui est de l'expression, les bonnes volontés ne manquent pas. Et on peut faire jouer le levier de la révision - activité professionnelle intégrée aux métiers de la traduction - pour faire en sorte que les enseignants de langues qui reconnaissent la validité de l'optique professionnelle découvrent qu'il y a là matière à enseignements de stylistique et de rhétorique de très haut niveau. Le risque est alors grand que l'enseignant de français et l'enseignant chargé de la révision des traductions se marchent sur les pieds. Ici apparaît la première manifestation des chevauchements inhérents à la pluridiscipline, mais, sans ces chevauchements, il n'existe guère de solution.

 

Professionnaliser les formateurs

Il ne peut pas y avoir formation professionnelle de bon niveau sans professionnalisation des formateurs, dans un sens comme dans l'autre.

Pour faire fonctionner de manière équilibrée un cursus équilibré, il faut une harmonieuse combinaison de formateurs praticiens et de praticiens formateurs. Dans notre centre de formation, nous avons commencé par faire la part du feu pour tenir compte d'une réalité incontournable : vouloir que tous les enseignants appelés à intervenir dans le cursus se mobilisent dans l'intérêt des étudiants relève de l'utopie.

Ceci étant, au fil des années, des formateurs se sont spécifiquement tournés vers le cursus de formation aux métiers de la traduction et ce même cursus a sollicité des professionnels.

Pour ce qui est des universitaires, la règle est simple : tout formateur intervenant dans les enseignements et travaux pratiques professionnalisés (16) doit avoir une expérience effective de ce qu'il enseigne, soit parce qu'il exerce le métier de traducteur, soit parce qu'il a fait un stage long ou plusieurs stages courts dans un ou plusieurs centres de production. Imposer que l'on sache de quoi on parle est un minimum.

Pour ce qui est des praticiens intervenant dans le cursus, ils relèvent administrativement de deux catégories :
     - chargés de cours [au nombre de six] ;
     - professionnels associés à statut temporaire ou PAST (17) [au nombre de trois].

Ces praticiens interviennent, bien évidemment, dans la composante la plus technique et la plus spécialisée du cursus. Ils connaissent les principes pédagogiques en vigueur et l'ensemble des systèmes d'évaluation à prendre en compte. Leurs programmes d'activité sont définis par l'équipe pédagogique, notamment pour prévenir les risques de chevauchements et fixer les dates auxquelles les compétences apportées par les uns pourront être mises en œuvre par les autres dans le cadre de leurs propres enseignements.

Nous pensons que chaque formateur doit être à cheval sur l'univers de la formation, et l'univers de la production. Sinon, la véritable formation se fera en dehors des institutions universitaires. Là où les formateurs voulus ne seront pas présents, on peut craindre, à très court terme, une très large externalisation de la formation des traducteurs, avec le risque de voir apparaître une situation caricaturale dans laquelle l'université continuera à enseigner la traduction pure (et la théorie d'icelle) et à délivrer des diplômes alors que l'entreprise (au sens le plus général) délivrera des qualifications (18). L'ensemble du dispositif présenté ci-dessus vise précisément à maintenir la formation sous la responsabilité des institutions universitaires en y intégrant toutes les dimensions de la professionnalisation.

 

Professionnaliser la profession

Reste aussi que les centres de formation ont un rôle à jouer dans la nécessaire professionnalisation de la profession. Entendons par là que les centres de formation sont le lieu où peuvent se développer et se tester les modèles d'exécution de prestations et les chemins critiques des divers opérateurs partenaires dans le cadre de l'exécution de ces prestations.

Les modèles ainsi développés, testés et optimisés se répandent par le biais des stagiaires (l'impact de stagiaires rompus aux nouvelles stratégies et maîtres des technologies les plus récentes sur des environnements plus "conservateurs" est impressionnant), par le biais des diplômés - notamment lorsqu'ils créent leur propre entreprise, et par le biais des programmes de formation continue et permanente.

L'action des formateurs du CFTTR auprès des traducteurs professionnels a commencé par leur implication dans les formations offertes par le Centre Jacques Amyot jusqu'en 1990 puis par la mise en place, à l'université de Rennes, des universités d'été et d'automne en traduction, terminologie et rédaction technique et spécialisée ainsi que de multiples stages ponctuels. Elle s'est poursuivie par la création du Consortium pour la formation de formateurs en traduction (qui propose un séminaire francophone annuel à Rennes et un séminaire anglophone annuel alternativement en Espagne et en Italie).

Par ailleurs, le CFTTR a contribué à la réalisation du projet MLIS 24928 (Procedures for Enhanced Quality in Translation) aboutissant à la création d'un logiciel de spécification et de gestion de l'exécution des prestations de traduction consécutivement à la modélisation extensive de ces prestations (19).

Pour aller jusqu'au bout de cette logique, nous pensons que les centres de formation et les formateurs ont également un rôle important à jouer dans l'information et la formation des donneurs d'ouvrage. Ils peuvent jouer ce rôle directement (en organisant des formations à l'intention des demandeurs de traduction) et indirectement (en donnant à leurs futurs interlocuteurs tous les arguments et toutes les explications utiles).

 

Persévérer

Les centres de formation doivent donc, à notre sens, prendre en compte la globalité des environnements professionnels des futurs traducteurs, la globalité des prestations qu'ils proposeront, et la diversité des moyens techniques, intellectuels, et autres, qui permettront que ces prestations soient servies de manière optimale. Il ne s'agit donc plus de faire se succéder une phase de formation académique et une phase d'application pratique ; il s'agit de fondre dans la formation initiale tous les paramètres de métiers sans rien enlever de leurs droits aux apprentissages fondamentaux et aux dimensions de recherche. Car des pratiques de recherche nouvelles s'imposent pour permettre de comprendre les environnements professionnels, d'y préparer, et de les modifier. C'est dans ce sens que la professionnalisation doit être considérée.

 

_______

Annexe

Le document ci-après correspond au dépouillement de l'enquête conduite auprès des anciens étudiants du CFTTR en mai 2002 afin de déterminer les compétences, savoirs, "trucs", techniques et savoir-faire se rapportant à l'informatique ou aux outils informatiques dont le besoin est confirmé (20) dans leurs environnements professionnels. Le résultat de ce questionnaire a conduit à introduire les éléments qui, à cette date, étaient incomplètement pris en compte dans le cursus, à savoir : Lotus, environnements Linux, outils de PAO, Locstudio, Illustrator, et .php.

Environnements - connaissance des environnements

  • Mac
  • PC
  • Unix
  • Linux

Bureautique

  • Word standard et avancé
  • Word très avancé
  • Excel
  • Messagerie
    • gestion des courriers
    • création de règles sous Outlook
    • filtres et divers
  • Lotus (Word pro + Freelance graphics)

Présentations

  • PowerPoint
    • insertions
    • son
  • Organigrammes

Éditeurs de texte

  • K-Edit
  • UltraEdit

Aligneurs

Concordanceurs (21)

Lemmatiseurs

Analyseurs de corpus

Moteurs de recherche (tous)

Gestionnaires de mémoires de traduction

  • Wordfast
  • Trados
  • Transit
  • Déjà Vu
  • Translation Manager

PAO (techniques)

  • Mise en page

PAO (outils)

  • Framemaker
  • Quark Xpress
  • Publisher
  • Acrobat
  • Interleaf
  • Pagemaker

Sites

  • Création de sites
    • Principes
    • Navigation
    • Outils
      • Dreamweaver
      • Flash
      • Acrobat
      • Digital Book builder
      • Webworks publisher
  • Clonage
    • Principes
    • Procédures d'exécution
    • Outils
      • Aspirateurs de sites
      • Flash
      • Acrobat
      • Photoshop
      • Tous traitements graphiques (voir "graphismes")

Aides en ligne

  • Principes
  • Création
    • WinHelp
    • Help HTML
  • Compilation
    • EasyHelp
    • HTML Help Workshop
  • Localisation
    • RoboHelp
    • LocStudio

SGBD

  • Access
  • Lotus

Graphisme

  • Photoshop
  • Paintshop Pro
  • lllustrator
  • Designer

Formats de fichiers

  • Tous

Conversions de fichiers/préparation de fichiers

  • PDF --> Word
  • Xpress -->Word
  • PPT --> Word
  • PDF --> ASCII de RC
  • Excel/Access --> Multiterm
  • Récupération de mise en page Acrobat sous Illustrator
  • ITP filter-pack pour reconvertir en HTML
  • RTF -->Framemaker
  • S-Tagger

Localisation

  • Principes
  • Exécution
    • Différencier entre le traduisible et l'intouchable
  • Outils
    • LocStudio
    • Autres

Programmation

  • Macro-commandes
  • VBA (Visual Basic)
  • Javascript
  • Perl
  • .php
  • HTML
  • XML

Divers

  • AutoCAD