|
Avertissement |
|
Certains aspects décrits ici concernent le DESS Industrie de la langue (IL) et Traduction spécialisée (TS) dans son ensemble, notamment en ce qui concerne l'apprentissage. D'autres ne concernent que l'option "traduction spécialisée" qui nous intéresse plus particulièrement. Pour cette note, j'ai repris en grande partie, tout en le complétant, le contenu de l'intervention de Claudie Juilliard, responsable du DESS, présentée il y a quelques années au Colloque international de Rennes 2, dans le cadre de la contribution de Paris 7 au Livre blanc sur la formation des traducteurs. (http://perso.wanadoo.fr/michel.rochard/Methodologie/Enseignement.html#PP)
|
| I. L'apprentissage ou le premier volet de la professionnalisation |
|
Il y a onze ans, les créateurs du DESS ont conçu une nouvelle formation professionnelle en alternance avec les entreprises. A l'époque, l'outil d'alternance était le contrat de qualification. Depuis, les contrats que nos étudiants signent avec des entreprises sont des contrats d'apprentissage. |
Que permet cette forme d'enseignement ? |
|
L'apprentissage présente des spécificités et offre des avantages très particuliers : |
|
| Les entreprises |
|
Lorsqu'ils sont admis au DESS, les étudiants reçoivent un annuaire des entreprises susceptibles de les embaucher. Il leur appartient ensuite de faire acte de candidature à un poste d'apprentissage. Parfois une même entreprise va faire passer des tests à deux étudiants ou plus. Les entreprises sont très diverses : des agences de traduction (dont le poids dans le portefeuille d'entreprise a progressivement diminué depuis la création du DESS), des entreprises de traduction (comptant plusieurs traducteurs salariés à titre permanent), des entreprises de communication, des entreprises industrielles, des ministères, des organismes publics spécialisés (AFNOR, INRA, par exemple). |
|
L'entreprise est tenue de désigner un tuteur qui doit suivre le travail de l'apprenti dans l'entreprise tout au long de son séjour. L'étudiant bénéficie donc d'un suivi personnalisé puisqu'un même tuteur ne peut pas s'occuper de plusieurs apprentis. Ce tuteur constitue un élément important du dispositif. |
|
Les entreprises-tutrices ont en outre été à l'origine de nombreuses embauches depuis la création du DESS. Cette source d'embauche tend naturellement à diminuer à mesure que les besoins des entreprises sont couverts, mais cela ne porte pas préjudice à l'apprentissage et dans de nombreuses entreprises, ce sont des anciens étudiants qui sont désormais tuteurs. Dans le même ordre d'idée, les étudiants de la promotion sortante deviennent parrains des nouveaux étudiants. Les étudiants sont donc guidés dans leur entrée dans le DESS par leur tuteur d'entreprise et leur parrain universitaire. Enfin, comme les étudiants doivent produire un mémoire de traduction et de terminologie et avoir un expert pour les conseiller, il arrive assez souvent qu'ils trouvent leur "expert" dans l'entreprise ou par l'intermédiaire de leur tuteur.
|
| II. Professionnalisation et équipe pédagogique |
|
Le risque est, on l'a vu, de juxtaposer enseignement universitaire et professionnalisation sans contact entre les deux volets de la formation. Des mécanismes existent certes pour insérer les tuteurs dans l'université (réunions, comptes rendus d'apprentissage, notation), mais le DESS bénéficie en outre de l'intervention de traducteurs professionnels qui assurent la plupart des travaux dirigés de traduction spécialisée. Qui plus est, les enseignants de traduction spécialisée constituent une équipe pédagogique à part entière. Cette notion d'équipe est moins liée à une coordination permanente à travers de multiples réunions, qu'à une adhésion à des principes d'enseignement, des modalités d'évaluation et des relations professionnelles de longue date. |
|
La composition de l'équipe d'enseignement de la traduction a pu évoluer, mais ces dernières années elle réunissait généralement, pour les trois langues principales de l'option "Traduction spécialisée", six diplômés de traduction (5 anciens de l'ESIT, 1 ancien de Germersheim) et trois enseignants en poste à Paris 7. A propos des six professionnels, on pourra noter d'autres particularités. Deux sont traducteurs indépendants, une troisième est traductrice indépendante et maître de conférence, un quatrième est responsable d'une entreprise de traduction, les deux derniers étant traducteurs dans une organisation internationale après avoir été l'une traductrice indépendante et l'autre traducteur salarié. |
|
Par cette insertion professionnelle diversifiée, cette équipe pédagogique peut apporter aux étudiants un point de vue assez panoramique du cur de métier de la traduction. Mais ce n'est pas tout. Trois ou quatre d'entre eux (selon les périodes) ont enseigné à l'ESIT, un autre enseignait déjà dans une autre formation lorsqu'il nous a rejoint. Trois des six enseignants professionnels sont titulaires d'un doctorat (dont deux en traductologie) et une quatrième est titulaire d'un DEA de traductologie. C'est donc une équipe à la fois représentative du métier et très attachée à l'Université. |
|
La notion de professionnalisation fait donc partie intégrante de leur démarche et comme ce souci de professionnalisation est très fort chez les enseignants en poste, la convergence et la cohésion entre ces diverses catégories d'enseignants s'est faite très rapidement et les étudiants y font très souvent référence dans leurs bilans de fin d'année.
|
| III. Le contenu de l'enseignement, vecteur de la professionnalisation |
|
Le contenu de l'enseignement contribue aussi à la professionnalisation : |
Par ailleurs, en fonction de leur expérience et de leur personnalité, les enseignants peuvent avoir des pratiques instituant une rupture avec l'enseignement des langues. A titre d'exemple, on retiendra le fait que l'enseignant n'arrive pas avec sa (ni une) traduction des textes donnés aux étudiants, mais se pose en client demandant à être convaincu de la qualité des traductions qui lui sont proposées, ou encore le recours régulier à la traduction à vue (traduire rapidement deux paragraphes extraits d'une lettre d'information professionnelle).
|
| Conclusion |
|
Nous sommes conscients que la configuration du DESS ILTS de Paris 7 est très particulière. |
Cela étant, il semble bien que ce soit surtout la combinaison de l'apprentissage, d'une équipe pédagogique à forte composante professionnelle et d'un contenu de formation axé sur la professionnalisation qui constitue un bon compromis pour préparer les étudiants à l'exercice de leur métier. C'est sans doute ce qui explique que le DESS de Paris 7 fasse désormais partie intégrante des formations à la traduction à Paris, malgré un gros déficit initial de notoriété. En outre, c'est une formation se remettant sans cesse en question. Par exemple, la création de deux options distinctes Industrie de la langue et Traduction spécialisée, l'accent mis sur la localisation dans l'option IL, la fusion des mémoires de terminologie et de traduction, la disparition de certains cours et l'apparition d'enseignements nouveaux, l'évolution de la notation, la priorité accordée à la révision sur les autres modes d'évaluation des travaux, etc. sont le fruit d'un dialogue régulier entre les responsables du DESS, les enseignants, les étudiants et les entreprises. |