
| Introduction |
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On notera tout d'abord que l'expression industries de la langue, posée au début des années 80, est de plus en plus souvent remplacée par des formes probablement ressenties comme plus politiquement correctes et plus gratifiantes pour les promoteurs des activités professionnelles concernées, à savoir génie linguistique ou encore ingénierie linguistique. On trouvera aussi (cf. titre ci-dessous) des variantes transformant l'épithète linguistique en relation objective des langues. Ces expressions rappellent leurs équivalents dans d'autres langues de grande diffusion scientifique, en particulier Linguistic engineering de l'anglais. L'allemand et le castillan insistent plus nettement sur la dimension technologique avec leurs expressions Sprachtechnologie et tecnología lingüistíca. |
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Inversement, ces expressions ont pratiquement banni l'ancienne dénomination de traitement automatique des langues naturelles et l'acronyme correspondant T.A.L.N. Ceci est également vrai de l'équivalent anglais : automatic processing of natural languages. |
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En tout cas, l'expression ancienne, tout comme les nouvelles, sont des concepts génériques et renvoient à des domaines multiples et composites, comme on le verra dans l'inventaire fait en première partie. Stricto sensu, l'activité traduisante ne représente qu'un aspect de cette large gamme de domaines. En fait, comme on le verra ensuite, les activités relevant du génie linguistique sont omniprésentes et, par rapport à l'opération du/de la traducteur/rice, on les retrouvera à presque tous les niveaux, que ce soit en amont ou en aval, et qu'elles soient prises en charge par les traducteur/rices eux/elles-mêmes, ou par d'autres tâcherons et/ou experts, ou encore parce que l'activité de traduction sera plus ou moins clairement intégrée dans une opération plus complexe (par exemple, le résumé automatique fait directement en français, à partir de textes en anglais, ou inversement). |
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À partir de cet inventaire, on pourra tenter de donner des éléments de réponse aux questions soumises à la réflexion des participants au colloque, tout en s'appuyant sur l'expérience que l'on peut avoir de la façon dont le génie linguistique se croise avec les compétences que l'on veut apporter à, ou que l'on exigera, des traducteurs/rices. |
1. Rappel : domaines du génie linguistique par rapport à l'activité traduisante |
| La liste suivante est compilée à partir de l'ouvrage le plus récent et le plus générique qui ait été publié en langue française sur le domaine à ce jour, à savoir J. M. PIERREL, Ingénierie des Langues, Paris : Hermès, 2000. |
| Dans cette liste, les chapitres et sous chapitres n'ayant pas de dimension directement multilingue et n'impliquant pas d'opération de transfert ne seront pas développés en sous-rubriques. Inversement, on soulignera (au sens propre du terme) l'aspect du domaine qui fera appel à des compétences associées à celle du/de la traducteur/rice, c'est-à-dire pouvant opérer en monolingue. On remarquera d'ailleurs que cette idée d'activité langagière, sans sortir du cadre d'un seul et même code linguistique, n'est guère concevable. Même dans le cas des langues enfermées plus ou moins officiellement dans le carcan du purisme, le recours à la comparaison avec d'autres codes s'imposera. Par ailleurs, l'ingénieur des langues, s'il ne doit travailler que sur un seul code, pourra difficilement méconnaître l'information apportée par l'analyse diachronique. |
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| 2. Suggestions
de réponse aux questions soumises et pistes de réflexion |
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On fera brièvement référence à l'expérience acquise par notre unité d'enseignement et de recherche (Université de Metz) qui a mis en place, il y a maintenant 14 ans (1988), un Diplôme d'Etudes Supérieures Spécialisées (D.E.S.S., correspondant à une formation professionnelle suivie en général en 5e année d'études universitaires dans le système académique français) dont le nom est resté celui en usage à l'époque (Industries de la Langue) mais auquel a été adjoint en 1998 une précision importante quant à son orientation (Outils et Techniques modernes de la Traduction). La formation était évidemment ouverte aux personnes déjà engagées dans la vie professionnelle et venant chercher un complément de formation ou une ouverture nouvelle, dans le cadre d'un contrat de formation continue. Il faut préciser que, dans la pratique et dans le cas présent, les inscrits en formation continue n'ont jamais dépassé le seuil des 5 % (une personne, de temps en temps, sur des promotions de 16 personnes). Il serait intéressant d'enquêter sur les raisons de ce manque d'intérêt : |
2.1. Question "profil de compétences" |
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C'est sans conteste l'évolution spectaculaire dans le domaine des techniques et, plus encore, des capacités de traitement automatisé (lire informatique) qui a conduit la commission pédagogique à veiller à ce que les programmes et formateur/trices soient à la hauteur des techniques nouvelles. |
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Contrastant fortement avec cette évolution, la plupart des domaines de la recherche linguistique donnent l'impression de "stagner", ce qui peut engendrer des sentiments de frustration et d'impuissance marqués, à cause du décalage grandissant qui s'installe entre les capacités de calcul et la difficulté à fournir aux logiciens et aux concepteurs de progiciels, des données formalisables. Ceci est particulier vrai de tout ce qui relève de la logique floue, en particulier la sémantique (problèmes en relation avec le calcul du sens, la dénotation) et la pragmatique associée à la dimension culturelle et à toutes les questions relevant de ce qu'il est convenu d'appeler la localisation. |
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On peut se demander si la construction annoncée d'un ordinateur capable de simuler les capacités et rapidités de calcul du cerveau humain, d'ici la fin de la décennie, permettra de résoudre le problème. Ce n'est pas certain : il est probable que la description, et encore plus la formalisation, de la "logique" des opérations langagières restera en retard par rapport à la compréhension. Peut-on imaginer, par exemple, que la grammaire donnée à la machine lui permettra de décoder les antiphrases ("je ne te dis pas") comme des antiphrases ? |
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Dans l'état actuel des choses, la formation comporte trois grands ensembles de modules : |
Quant au placement sur le marché, on peut grosso modo diviser les promotions en trois tiers : |
Devant cette variété des directions prises par la suite, et sachant que seulement un tiers environ des diplômé(e)s voient leur stage transformé en emploi et leur projet de stage prolongé par la tâche dans laquelle l'entreprise l'/les engage, il est clair que la formation doit garder une certaine polyvalence. |
2.2. Question "spécialités" et "langues de spécialité" |
| A vrai dire, du point de vue du génie linguistique, la question ne semble pas pertinente. Ainsi, la filière "L.E.A" se décline bien en "traduction spécialisée" et non pas en apprentissage de la langue de spécialité, encore moins des langues de spécialité. Ceci, probablement pour plusieurs raisons : |
Les conséquences sont bien connues, pour les traducteurs, qu'ils travaillent avec ou sans recours aux technologies d'aide à la traduction. Dans tous les cas, il reste impératif de faire valider la terminologie avant d'engager le travail de traduction proprement dit, en supposant qu'on a su (ou pu) identifier l'interlocuteur compétent et disponible |
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En bref, et surtout pour les traducteurs indépendants, l'objectif essentiel restera d'enseigner des réflexes méthodologiques pour aborder le problème : savoir où et comment trouver l'information ou les données manquantes. A ce propos, on voit que de nombreux cursus et/ou examens de fin d'études, en particulier chez nos voisins, comportent une épreuve de documentation / techniques documentaires (en al. Hilfsmittelkunde : littéralement science des moyens d'aide). |
2.3. Question "spécialisations" |
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Pour toutes les questions qui touchent à la dimension non-langagière des questions posées, il est évident que les problèmes concernant les ingénieurs langagiers et les traducteur/rices ne sont pas différents. On pourra donc faire les mêmes remarques pour les uns et les autres quant il s'agira de réfléchir et proposer des solutions à propos de questions aussi diverses que : |
C'est dans le domaine de la performance que le concepteur en génie linguistique peut apporter une contribution précieuse au/à la traducteur/rice. |
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"Performance" sera compris ici comme résultat de l'application d'un ensemble d'outils appliqués dans les situations d'activité traduisante. |
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Il s'agira, d'une part, d'instruments au sens habituel du terme, justifiant l'adjectif "assisté" dans des expressions du type " assisté par ordinateur". On pensera en particulier à : |
Mais il est essentiel de comprendre, d'autre part, que ces outils ne sont pas uniquement des instruments objectifs, concrets, matérialisables. On fait ici référence au développement des "techniques" en rapport avec l'évaluation et donc le relèvement du niveau de qualité constaté. Comme le rappelle très bien le plus grand consommateur actuel de traductions au monde - l'Union européenne - le/la traducteur/rice est appelé(e) à devenir de plus en plus un réviseur intervenant en aval d'une procédure de traduction plus ou moins déshumanisée. Dans ce cadre, la question de l'analyse des fautes prend un relief particulier. |
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Or ces fautes sont commises en respectant, comme toute production langagière, une certaine grammaire, propre à l'auteur ou une communauté d'auteurs ou encore au programme de traduction assistée. C'est de nouveau dans ce domaine à la croisée entre sémantique et pragmatique d'une part, informatique d'autre part, que se posent les défis qui seront probablement les plus difficiles à relever. |